
Comme beaucoup s’en doutaient, à la veille de l’été, la suspension de l’aide MaPrimeRénov’ était une erreur majeure du gouvernement.
La canicule est là, les températures explosent, les gens s’épuisent le jour et n’arrivent pas à dormir la nuit.
Et l’Etat apparaît comme impuissant.
Quant aux médias qui abordent le sujet, on ne peut que ressentir une forme de sidération face à la multiplication des recettes de grands-mères qui évitent autant que possible d’aborder la question de la climatisation.
Car pour toutes les personnes qui ont vécu dans des pays chauds et développés à l’étranger – au Japon pour ce qui me concerne, la climatisation est une évidence.
Il s’agit là bas d’un dispositif de base dont quasiment tous les foyers sont équipés et qui n’est vu par personne comme posant la moindre difficulté.
Et surtout, c’est le dispositif le plus efficace, seul capable de ramener simplement les températures sous les 30 degrés, voire sous les 25 degrés – permettant ainsi de sauver jusqu’à 195 000 vies par an dans le monde.
Sans ajouter que les gens font de toute façon tourner des ventilateurs qui consomment également, et que les climatiseurs réversibles sont bien utiles en hiver, où ils consomment largement moins que les radiateurs électriques plebiscités par l’état depuis des décennies.
Alors pourquoi ce rejet en France ? Quasiment un rejet culturel, voire idéologique.
Qu’il s’agisse de la consommation électrique ou du reste, les arguments laissent tout de même un peu pantois – la création « d’ilots de chaleur »‘ liée au rejet de l’air de chaud à l’extérieur oublie par exemple le fait que l’air chaud en question dispose ensuite de centaines de mètres voire de kilomètres d’espace pour se dissiper et qu’aucun phénomène similaire n’est constaté à l’étranger, y compris en espace urbain.
Alors certes, il faut reconstruire ou rénover beaucoup de batiments pour remettre des murs de qualité et créer des ouvertures traversantes.
Sauf qu’il est nécessaire de trouver une solution aujourd’hui, et ce pour les logements que les gens habitent actuellement.
Bien sur, ce n’est pas suffisant.
Au niveau des politiques publiques, il aurait été de bon ton de maintenir le dispositif MaPrimRénov’ – ne serait-ce que pour permettre à la climatisation de fonctionner plus facilement dans des logements mieux structurés.
Mais il serait aussi utile d’intégrer la notion de confort thermique en été dans les critères du DPE, voire dans les critères de décence des logements en général.
Et surtout, il faut rediriger un peu la politique française du logement de la lutte contre le froid vers la lutte contre le chaud.
Concrètement, les batiments publics et les nouveaux batiments privés devraient aujourd’hui mieux prendre en compte la survenance de périodes de forte chaleur, et prévoir des mécanismes de refroissement objectivement efficaces, sans se laisser aller à des présupposés plus idéologiques qu’autre chose.
Quelle que soient leur importance à moyen et long terme, l’analyse des pouvoirs publics et des administrations ne peut pas rester bloquée sur la seule combinaison du réchauffement climatique et de la sobriété énergétique.
La logique, le bon sens et les expériences étrangères montrent qu’il faut y ajouter la prise en compte dudit confort thermique, et la solution de la climatisation, sans hypocrisie, mais sans s’y limiter bien sur.
A défaut, les français en seront réduits à disposer chaque année de nouveaux numéros verts et de conseils toujours plus fantastiques à base de bouteilles froides, de ventilateurs et de serviettes mouillées.
De toute façon, comme souvent, les gens votent avec leurs pieds.
Les ventes de climatisation portable explosent depuis quelques jours, et il est certain que les foyers qui en ont les moyens installeront la clim dans les mois qui suivront l’été.
Une fois de plus, cela ne fera qu’ajouter qu sentiment croissant de décalage entre l’état, les politiques et la réalité des français.