Sur la culpabilisation des abstentionnistes – et la violence de l’élection présidentielle à venir

Avec plus de 66% d’abstention, ces élections 2022 n’auront réussi à attirer qu’un seul électeur sur quatre, établissant ainsi un triste record.

Face à ce qui représente un échec violent pour l’ensemble de la classe politique française, réactions relèvent pourtant des variations autour du déni, utilisant pour cela le sarcasme, la culpabilisation voire le mépris.

D’une part, cela tient nécessairement à la très mauvaise préparation qui semble avoir accompagnée ce scrutin (pas d’envoi des profession de foi, pas de bulletins, etc.).

Dans un thread très suivi, Guillaume Champeau s’est par exemple exprimé publiquement en indiquant que c’est ce qui l’avait convaincu de s’abstenir de voter.

Ce niveau d’abstention aussi nécessairement à ce que les français ne comprennent rien à cet échelon techno-administratif de la décentralisation que représentent aujourd’hui les régions et les départements. Pour tout dire, ils le comprennent désormais encore moins qu’ils ne comprennent l’Union Européenne puisque les précédents records d’abstention hors période de covid étaient ceux des élections européennes de 2009 et 2014.

Mais il est bien évident que le problème tient à la faiblesse de la proposition politique qui est faite aux électeurs, lesquels ne se sentent visiblement plus représenté.

Il ne faut pas oublier que le vote n’est pas une obligation et que, selon l’article 3 de la Constitution :

« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice.

Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret.

Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. »

Mais, comme le rappelait « un odieux connard« , voter ne prend que 5 minutes.

Il ne s’agit donc pas d’une flemme ou d’un manque de volonté.

Il s’agit d’une situation de rejet. 

Et le premier responsable ne peut en être que le pouvoir en place, c’est-à-dire le gouvernement actuel dirigé par Emmanuel Macron et Jean Castex.

A mon sens, le message est clair.

Les français restent une population très attachée à la politique.

Mais 80% d’entre eux veulent éviter de revivre la dernière élection présidentielle.

LREM et le RN sont d’ailleurs les deux perdants de ce scrutin.

LREM se retrouve avec plusieurs listes qui ne passent même pas le premier tour malgré un soutien acharné du gouvernement et des parlementaires.

Et le RN se révèle finalement incapable de gagner ne serait-ce qu’une seule des deux régions où on le présentait pourtant comme grand favori.

La volonté de changement est palpable.

Du coup, à quoi bon aller voter aux régionales, pour des rôles qui n’auront de toute façon aucun impact sur l’exécutif ?

Ce que souhaitent les électeurs, c’est entamer la campagne présidentielle.

Depuis le début, cette élection régionale n’est vécue que comme un prélude à la présidentielle – quasiment comme une primaire, et ce à gauche comme à droite.

Mais là aussi, les électeurs ne l’ont pas accepté, refusant de perdre du temps à essayer de comprendre les jeux d’appareils supposés faire émerger tel ou tel candidat à la présidentielle.

C’est d’ailleurs à cette occasion que l’on mesure à quel point il est dommage que le mandat de l’exécutif soit nécessairement fixe et ne puisse pas être remis en question au fur et à mesure des élections intermédiaires.

Le message n’est donc pas si compliqué à comprendre pour la classe politique dominante et son cercle de commentateurs.

Depuis le 21 avril 2002, ils aimeraient mettre fin à ce qu’ils ressentent comme un système générant de nouvelles féodalités, de l’arbitraire et des inégalités.

Il y aurait bien des solutions. Mais encore faut il vouloir écouter ce qui est dit sans se réfugier dans des réactions de classe qui ne n’auront d’autre effet que de renforcer encore les réactions et les résistances.

Inutile de rajouter que la conséquence principale de cette abstention record, c’est que la campagne présidentielle qui commence sera sans doute d’une grande imprévisibilité et d’une grande violence.