Le retour des machines à voter et l’installation du vote anticipé traduisent le mépris des institutions républicaines

Comme pour le projet de loi séparatisme et la liberté d’expression, c’est par la technique du catimini que le gouvernement a décidé de proposer un amendement surprise visant à développer la pratique du vote anticipé, et dans la foulée, le retour et la généralisations des machines à voter.

Ce n’est pas un débat nouveau et des questions avaient déjà été soulevées en 2007.

La situation n’a pas évoluée.

Sur le plan de la méthode, pas de surprise autour de cette surprise. On est encore une fois mis devant le fait accompli, sans préparation, sans réflexion, et dans l’exclusion de toute alternative.

Sur le fond, les arguments restent les mêmes qu’il y a 14 ans.

Les machines électroniques dénaturent le processus électoral et n’ont aucune justification dans un pays où l’accès au vote n’est pas un problème lourd, et où la participation est régulièrement élevée.

Ce serait un signal de fin de la transparence, alors même que le niveau de défiance contre le gouvernement atteint des plafonds historiques.

Les soupcons de manipulation se font d’ailleurs déjà entendre par la voie des sénateurs de droite qui voient dans ce projet un moyen de favoriser la participation dans certaines zones géographiques soigneusement choisies, soit l’équivalent du découpage électoral des circonscriptions qui ne concerne normalement pas l’élection présidentielle.

La ficelle est tellement gosse qu’il ne fait aucun doute que les sénateurs de gauche et du centre prendront le relais sans hésiter.

Ajoutons comme le dit Jean-Philippe Derosier que cela risquerait de produire une rupture d’égalité entre les électeurs qui ne voteraient pas au même moment, et donc pas avec les mêmes sources d’information.

Bien évidemment, pas la peine d’être un amish pour se rendre compte qu’il s’agit d’un bel exemple de solutionnisme technologique – inventer un problème qui n’existe pas, afin de pouvoir proposer une solution qui ne marche pas.

Mais au-delà, il s’agit surtout d’une marque supplémentaire de mépris pour les institutions démocratiques françaises, considérées comme défaillantes là même où elles fonctionnent correctement.

2030, l’empire numérique

Les éditeurs de la revue des anciens de l’ENA ont eu la gentillesse de me demander mon avis sur le numérique en 2030. C’était pour moi l’occasion de faire un message sur l’impérialisme numérique qui se déploit avec une féroce logique depuis quelques années. À cet égard, il ne faudrait pas se méprendre.

L’empire, c’est eux. Les barbares, c’est nous.