Vous avez toujours rêvé de voir Adolf Hitler en Kung Führer ? Ne ratez pas Kung Fury, c’est le film du week-end ! 

Plus de 7 millions de vues en deux jours, et une bonne dose de rigolade. Faites-vous plaisir pour votre dimanche après-midi en regardant ce qui pourrait être l’enfant caché sous cocaïne de Sylvester Stallone et George Michael. Quand c’est en plus financé par Kickstarter, et avec une chanson de David Hasselhoff, que demande le peuple ? Kung Fury bien sur !

Dans le Figaro : « Start-ups : pourquoi les jeunes quittent la France » par Guillaume Sarlat

Quelle place pour la France dans la guerre internationale des talents ? Faut-il pousser les français à partir à l’étranger ? Faut-il au contraire les pousser à rester au pays ? Faut-il attirer les entrepreneurs étrangers ? Paris a-t-il un rôle face à des villes comme San Francisco, New York ou Londres ?

Voilà sur ces questions une excellente tribune de Guillaume Sarlat qui rebondit sur un paradoxe essentiel – déjà rappelé par Xavier Niel : avec son excellente éducation pas chère, le statut JEI, le CIR, la France devrait théoriquement être l’un des pays les plus intéressants pour créer son entreprise, et pourtant…

Pour expliquer cet état de fait, plusieurs problèmes :

  • les dispositifs de soutien sont bien trop complexes – et on pourrait ajouter qu’ils sont souvent perçus comme humiliants par les startuppers
  • le fossé existant entre les startups et les grands groupes – d’autant que, contrairement aux USA, ceux-ci sont le poumon de l’économie française

Du coup, les solutions paraissent simples :

  • améliorer la fiscalité du capital, par exemple en exonérant les investissements de long-terme en France
  • rapprocher les grands groupes et les PME, par exemple en facilitant les politiques d’acquisition et les spinoffs de salariés

On pourrait imaginer d’autres solutions (améliorer le ratio argent public / argent privé, rapprocher les dossiers de financements publics des dossiers de financements privés, améliorer la protection sociale du créateur d’entreprise, etc.). Mais le constat est là. La France est l’un des pays qui fait le plus d’efforts pour favoriser la création d’entreprises, tout en ayant toujours du mal à se départir de l’état d’esprit qui permettrait à ces efforts de prospérer.

Lisez l’article de Guillaume Sarlat : Start-ups : pourquoi les jeunes quittent la France

Quand Youtube est valorisé 70 milliards, les européens doivent comprendre qu’il est rationnel de dépenser 70 millions pour un site web ! 

Cette réflexion démarre d’une discussion Facebook sur la page de Alexandre Michelin qui avait partagé cet excellent article à propos de cette nouvelle évaluation qui valoriserait Youtube à 70 milliards de dollars. Plutôt que de crier à la bulle, il fait remarquer avec subtilité que c’est une jolie augmentation de valeur en moins de dix ans pour une société qui a été rachetée seulement 1,75 milliards de dollars par Google en 2006.

Mais annoncer que Youtube est valorisé 70 milliards – et bientôt certainement 90 ou 100, c’est oublier que c’est une entreprise encore très jeune, et qui n’a rien d’inamovible. Leur succès est volatil, et si l’économie traditionnelle est toujours citée comme une cible pour les startups, rien n’empêcherait en théorie Youtube de se faire uberiser dans les années à venir.

Facebook et Twitter sont déjà sur le coup en espérant réussir à capter l’énorme manne publicitaire de la télévision. L’un comme l’autre ne cessent d’innover. Facebook intègre de plus en plus les vidéos dans son contenu. Et Twitter a développé Periscope pour commencer à attaquer le marché de la vidéo live – qui est en fait un assaut frontal contre l’un des derniers bastions de la télévision que sont les retransmissions en direct de compétitions sportives ou de concerts.

D’autres acteurs ont déjà réussi à faire leur trou, comme Vimeo pour les vidéos plus qualitatives, Lynda pour les vidéos de formation – racheté 1,5 milliards par Linkedin, Twitch pour le gaming – racheté 970 millions par Amazon, Nico Nico pour un modèle plus local au Japon, ou bien sur Dailymotion en France et ailleurs.

Les suivants arrivent déjà. Il suffit de voir le succès de Vice News, ou l’excitation autour de Meerkat, et d’imaginer ce que pourraient être des projets qui combineraient par exemple l’ergonomie de Spotify avec l’ouverture de Snapchat

La question est d’autant plus intéressante que l’effet de la courbe d’expérience ne joue pas tout à fait de la même façon dans les industries numériques que dans les industries traditionnelles.

Normalement, plus un acteur travaille son produit, plus il est capable de le fabriquer moins cher. Il faut compter un montant X la première fois, X/2 la deuxième fois, X/4 la quatrième, etc. Concrètement, la première vidéo est très difficile à mettre en oeuvre et coûteuse pour Youtube, mais 1 milliard d’utilisateurs plus tard, tout a été amorti. 

En théorie, ce phénomène crée une importante barrière à l’entrée pour de futurs concurrents, mais dans le numérique, 99% des progrès fait par Youtube sont réexploitables à peu de frais par n’importe qui – l’ergonomie, le modèle économique, etc. Les contenus peuvent être transférés sans difficulté. Seule l’audience reste difficile à récupérer, mais les exemples cités plus haut montrent que c’est possible d’y arriver.

Autrement dit, même si Youtube est valorisé 70 milliards, construire son clone ne couterait sans doute même pas 70 millions – à condition bien sur de savoir attirer les talents qui sauront le faire exploser par les contenus et la communauté.

Sauf que la plupart des acteurs actuels ne comprennent pas que Youtube est valorisé 70 milliards. Ils imaginent que ça vaut 70 millions, et du coup veulent faire la même chose pour 700 000 euros – quand ce n’est pas 70 000.

Or avec 70 000 euros, ce n’est pas la peine de faire semblant. On ne refait pas Youtube. Ni même avec 700 000 d’ailleurs – en aparté, c’est d’ailleurs vraiment fascinant le nombre de gens qui croient aujourd’hui qu’on peut faire un site de ouf pour si peu… et qui refuseront mordicus de prendre un wordpress de base et d’y mettre pour la même somme en articles qui déchirent.

Mais malgré les nombreux exemples qu’on peut trouver aux Etats-Unis comme en France, sortir 70 millions pour monter la même chose aujourd’hui, attirer des millions d’usagers, et revendre ou valoriser le service au-delà du milliard de dollars, personne n’y croit.

Les français et les européens ont du mal à valoriser les projets à leur juste hauteur, comme ils ont du mal à identifier les enjeux stratégiques sans se draper dans des mots-clés illusoires comme le « cloud souverain » ou « l’offre légale ».  C’est un peu le drame français et européen du numérique, et c’est ce qui a probablement poussé Critéo à aller se coter aux Etats-Unis où les analystes savaient les valoriser au-delà du milliard d’euros.

Avec les nouvelles nominations à France Télévision, le rachat de Dailymotion et les mouvements tectoniques qui agitent aujourd’hui l’audiovisuel numérique en France, on peut peut-être espérer voir une nouvelle génération de services apparaître. En espérant que tout le monde saura comprendre qu’il faut y mettre les moyens.

L’article qui a mis le feu aux poudres est ici : Bank Of America Analyst Values YouTube At $70 Billion

Dans le NYT : ce sont les mêmes ingénieurs qui inventent les réseaux sociaux et qui veulent supprimer les repas

Excellent article du NYT sur l’explosion des poudres de protéines dans la Silicon Valley : les Soylent, les Schmoylent, les Schmilk, etc.

Le marketing est simple et surfe sur la mode déjà ancienne du Lifehacking. Il paraîtrait qu’il est important d’optimiser son temps et que les repas seraient superflus pour quelqu’un qui souhaite être pleinement productif. Dans ces conditions, et dans une logique technologiquement naïve, il suffit de considérer que les repas ne sont qu’une entrée de nutriments dans le corps, et qu’on peut donc reconstituer le repas idéal qui serait la fin de tous les repas. La panacée.

Bien évidemment, tout ça ressemble surtout à des poudres bien classiques comme celles qu’utilisent depuis des années les sportifs ou les gens au régime. Ca n’empêche pas les investisseurs du cru de financer à tour de bras Rob Rhinehart – le fondateur de Soylent, Alex C. Snyder – qui a quitté son job sur Second Life chez Linden Labs, etc.

Au fond, tant mieux pour ceux que ça amuse de se passer de diner pour se mettre à manger des poudres avec de l’eau ou du lait. Les fabricants de poudres de régime et de suppléments nutritifs ont déjà démontré qu’il y avait un marché et qu’il acceptait volontiers de nouveaux spins marketing pour s’agrandir au-delà de ses cibles initiales.

Mais avec la multiplication d’autres startups dédiés à ces sujets comme Modern Meadows qui fait de la viande artificielle, ou des entreprises d’impression 3D de nourriture, la vraie question c’est de se demander si le modèle de la Silicon Valley est reproductible dans d’autres secteurs que ceux des technologies et des médias. Est-on en train d’assister à l’uberisation de l’industrie agro-alimentaire ? Ou est-ce qu’on est juste en train d’assister à une dérive un peu ridicule du modèle de la Valley ? Mais dans ce cas, c’est quand même curieux que ce soit les mêmes ingénieurs qui inventent les réseaux sociaux et qui se sentent obligés de mettre fin à des activités aussi sociales que les repas. A moins que…

Source: In Busy Silicon Valley, Protein Powder Is in Demand

Update, un autre excellent article dans le New Yorker : http://www.newyorker.com/magazine/2014/05/12/the-end-of-food