« Serial » est le meilleur podcast de tous les temps… ne le ratez pas !

A complete guide to every person in the Serial podcast

Le principe est simple. Depuis deux mois, chaque semaine, épisode après épisode, Serial s’intéresse au meurtre de Hae Min Lee, une lycéenne américaine retrouvée étranglée à Baltimore en 1999. Son ex petit-ami, Adnen Syed a été condamné pour ce crime mais a toujours protesté de son innocence.

C’est la soeur de Adnen qui a contacté Sarah Koenig et l’a poussé à s’intéresser à son cas. Dix ans après le meurtre, « Serial » refait le tour des événements de la journée du crime, des témoins, du déroulement de l’enquête, diffuse des extraits du procès, etc. – jusqu’à trouver de nouveaux témoins, de les voir rejetés par l’accusation, entendre quelqu’un expliquer qu’il s’agit d’un setup, parler de chantage, etc. Et très rapidement, le show s’élève au-dessus du fait divers et s’intéresse aux problèmes causés par Katrina, au racisme à Baltimore – comme l’avait fait la série The Wire, etc.

Le parallèle avec une série tv n’est pas anodin. Ecouter Serial, c’est tomber dans l’ambiance hypnotique d’une série tv comme aussi Twin Peaks ou True Detective – avec une dramatisation, une voix off, une bande son, etc., tout en sachant qu’il s’agit d’un très long reportage divisé en épisodes sur un fait divers qui s’est déroulé il y a 10 ans.

Cette force tient au sujet, mais aussi à la qualité et à l’originalité du travail de l’équipe de réalisation. Serial n’a pas été réalisé par n’importe qui puisqu’il est le fruit de l’imagination de la journaliste Sarah Koenig et produit par les créateurs de This American Life, un célèbre talk show culturel à la radio américaine récemment adapté avec succès en programme tv.

Au-delà du format, Serial reste une enquête radiophonique enregistrée et montée chaque semaine. Comme celles de ses auditeurs, l’opinion de Sarah Koenig sur la culpabilité ou l’innocence de Adnen Syed évolue de semaine en semaine en fonction des témoignages qu’elle a pu recueillir, ou d’une conversation particulièrement convaincante avec l’un des protagonistes.

Serial est le podcast qui a le plus rapidement atteint les 5 millions de downloads sur itunes. Ce serait dommage de passer à coté de quelque chose d’une milestone culturelle aussi originale.

Pour ceux qui veulent creuser le sujet, Forbes a une série d’article sur ce petit phénomène : http://www.forbes.com/sites/dadehayes/2014/10/31/serial-the-affair-and-the-rise-of-time-lapse-pop-culture/

Pour ceux qui veulent s’y mettre, le mieux est d’écouter les épisodes sur le site de vox qui propose aussi un petit guide des personnes interrogées épisode par épisode : A complete guide to every person in the Serial podcast.

Ou bien sur Soundcloud :

Dans la NYBooks : attention aux promesses naïves et glauques de la troisième vague du numérique

Dans cet article important, Sue Halpern fait le point des critiques de plus en plus vives sur ce qu’elle appelle « la nouvelle vague du numérique ».

L’article est ici : http://www.nybooks.com/articles/archives/2014/nov/20/creepy-new-wave-internet/?insrc=hpma

Elle s’intéresse d’abord aux promesses de l’internet des objets :

  • L’internet des objets va connecter le quotidien, des thermostats aux ampoules électriques en passant par les réfrigérateurs.
  • Pour Jérémy Rifkin, cette connectivité permanente de tout et de tout le monde sera bientôt à l’origine d’une troisième révolution industrielle.
  • Ce sera l’occasion de redéfinir notre relation aux machines qui nous entourent, mais aussi notre relation à tout un chacun
  • Potentiellement, ce serait même l’occasion de renverser l’économie capitaliste à partir du moment où les gains d’efficacité apportés par l’internet des objets mettrons à bas l’économie de marché en réduisant le coût des biens à zéro.

Mais le développement de l’internet des objets est ralenti par deux problèmes :

  • Une apparence de gadgetisation technologique – difficile de voir le côté révolutionnaire d’une horloge ou d’un réfrigérateur connectés.
  • Un caractère glauque ou dérangeant – à l’image de la façon dont beaucoup de gens ont perçu les google glass.

C’est pour répondre à ces problèmes que des chercheurs comme David Rose essaient de réenchanter les objets connectés en essayant de montrer les bons côtés du surplus d’information apporté par les google glass, en vantant la Google Latitude Doorbell – qui vous prévient de l’arrivée des membres de votre famille, un parapluie qui devient bleu quand il va pleuvoir, ou une veste qui vibre quand quelqu’un vous like sur Facebook.

Mais si ces usages peuvent paraître anodins, il faut rester vigilant sur le fait que l’utilisation des données personnelles comporte toujours un risque de danger. Comment éviter que votre armoire à pharmacie connectée ne transmette des informations à des annonceurs qui vous proposeront des antidépresseurs partout sur Internet, ou m^me à votre employer, voire à votre page Facebook ? Comment être certain que les informations de trajet collectées par Google Latitude Doorbell ne seront pas utilisées dans des procédures de divorce ? Les sièges de voitures sont d’ores et déjà équipées de senseurs qui permettent de dire combien de passagers elles transportent et qui stockent cette information dans l’équivalent d’une boite noire automobile.

Or si cette information existe, même des prosélytes comme Robert Scoble sont obligés d’admettre qu’elle devra être mise à la disposition des forces de l’ordre quand elles le réclameront. Le sujet croît en importance, au fur et à mesure que les objets connectés deviennent de plus en plus stratégiques, comme par exemple les voitures ou les téléphones – jusqu’à la société de surveillance dont l’internet des objets pourrait constituer une infrastructure idéale.

L’impression qui se dégage de ces analyses est que l’internet des objets ne concerne pas tellement les objets eux-mêmes, mais la mise à disposition de données bons marché en quantité, obtenues grâce à la la « dataisation »/quantification des individus.

Dans cette vision des choses, les individus seraient donc considérés comme de simples producteurs de données. Et les objets connectés leur seraient surtout proposés pour faciliter cette production et en augmenter la quantité.

Cela permettrait d’expliquer pourquoi la plupart des acteurs de cet écosystème font peu de cas de la vie privée. Sam Lessin de Facebook estime qu’il va falloir procéder à un arbitrage entre le respect de la vie privée et les avantages du monde connecté. Jeremy Rifkin écarte toute volonté de les protéger comme le reliquat d’une société bourgeoise marquée par les limites du capitalisme – allant même jusqu’à dire qu’il faut sortir de l’âge de la vie privée.

Dans le même temps, les réseaux sociaux sont en train de démontrer que la transparence numérique est une fiction dans la mesure où les timelines affichent seulement des sélections d’information.

Cela devrait permettre de relativiser les affirmations de Jérémy Rifkin annonçant que la vie privée a perdu son attrait pour les jeunes. Il ne faut pas confondre l’envie de partager ses photos et le fantasme de laisser sa vie privée ouverte à tous les regards. Et il faut se souvenir du succès des nombreux systèmes de réseaux sociaux ou de messageries qui proposent de respecter la vie privée.

Il est de plus en plus difficile de sortir de cet écosystème connecté. On peut encore contrôler les données que l’on produit sur Facebook ou Twitter, mais comment faire de même quand chaque objet du quotidien deviendra émetteur à son tour ?

Deux problèmes vont se poser rapidement :

  • La sécurité de ces objets sera difficile à assurer, et ce d’autant plus que leur nombre va augmenter.
  • Il faudra s’assurer que ces objets restent interchangeables et que les usagers ne se retrouvent pas prisonnier d’une marque ou d’un produit.

Mais si ces deux questions sont résolues, Jeremy Rifkin estime que l’on pourra séparer le travail et la productivité. Ce sera l’occasion pour  les entrepreneurs compétents de disrupter des secteurs économiques entiers. Et ce sera l’occasion pour le capitalisme d’être remplacé par des « communs collaboratifs ». L’économie n’aura plus besoin de s’appuyer sur les concepts de propriétaire ou de travailleur, de vendeur ou de consommateur.

Autant d’affirmations trompeuses pour Sue Halpern qui fait même l’analogie avec les promesses de Karl Marx qui expliquait dans l’idéologie allemande que « le communisme permettrait aux gens d’être libres d’aller chasser le matin, pêcher l’après-midi, s’occuper des vaches et débattre dans la soirée ». Elle met notamment en doute la pérennité du modèle en contestant l’exemple de Etsy, un site qui passe pour une réussite en proposant 900 000 produits créés par des consomacteurs à 60 millions de clients mensuels. Sauf que si 74% d’entre eux considèrent leur activité sur le site comme un business, seuls 65% d’entre eux ont réussi à vendre plus de 100$ de produits sur l’année dernière.

Pour rappel, c’est également un des points forts soulevés il y a quelques années par Hartmut Rosa qui estimait que les évolutions technologiques créent autant de besoins qu’elles apportent de réponses, de sorte qu’on remplace toujours les activités qu’on économise par de nouvelles qui prennent au moins autant de temps.

Enfin, Sue Halpern estime qu’une bonne part du succès de la culture du partage et du DIY relèvent d’abord de l’adaptation aux difficultés du marché de l’emploi. Participer comme chauffeur pour Uber, ou livreur pour Instacart ne laisse plus beaucoup de temps pour chasser le matin et pêcher l’après-midi.

Ce n’est peut-être pas la troisième révolution industrielle, mais c’est la troisième vague du numérique qui met en danger le travail et la vie privée. Quant aux promesses, Sue Halpern recommande de ne pas se montrer trop naïf.

L’article est ici : The Creepy New Wave of the Internet by Sue Halpern | The New York Review of Books.

Dans le FT: une interview de Larry Page de Google sur l’automatisation, la fin du travail et la baisse du coût de la vie

Les questions liées à la généralisation de l’automatisation à l’ensemble de la société font peser une menace sur l’emploi dans tous les secteurs – y compris dans des professions traditionnellement considérées comme protégées comme les cadres, les avocats, les médecins, etc. Alors que Google investit de plus en plus dans la robotique, Larry Page a accordé un important entretien au Financial Times pour décrire sa vision positive de ce mouvement : FT interview with Google co-founder and CEO Larry Page

La première question que pose l’article est simple : ne serions-nous pas plus heureux si 90% du travail pouvait finalement être exécuté par des robots et si tout ne coûtait plus que 5% de ce qu’on paie aujourd’hui ?

Comme le fait remarquer le FT, cela fait dix ans que Google est entré en bourse en se présentant comme une entreprise idéaliste, mais ce positionnement a fait long feu. Ce à quoi Larry Page répond : « nous n’avons pas eu autant de succès que nous l’aurions souhaité ».

En résumé, pour Larry Page :

  • Tout se résume à un manque d’ambition.
  • La Silicon Valley fonctionne encore. Elle génère beaucoup d’excitation, mais ne s’intéresse plus assez à des sujets qui comptent.
  • La plupart des entrepreneurs poursuivent des projets qui rapportent vite et beaucoup. La technologie nécessaire existe déjà, mais personne ne la met au service de projets ambitieux capables de créer un changement concret aux gens.
  • Les plus gros paris de Google vont maintenant concerner des projets-frontières, c’est-à-dire des projets qui semblent technologiquement possibles mais restent bloqués pour des raisons inconnues : les voitures automatiques, la santé, etc.
  • Il n’y a pas assez d’outils de financement susceptibles d’apporter autant d’énergie à ces projets que Google peut le faire – en investissant massivement et rapidement.
  • Contrairement à ce qui se passait il y a quelques années, les gens commencent à rejeter la participation de Google dans ces projets disruptif parce qu’ils ne sentent pas impliqués.

Sur la disparition du travail et la baisse du coût de la vie :

  • L’évolution de l’intelligence artificielle pourrait permettre à 9 personnes sur 10 d’arrêter de travailler.
  • Les gens se rallieront à ce mouvement dans la mesure où ils n’auront pas envie de continuer à occuper des emplois qui seront rendus obsolètes par la technologie – « ça n’aurait aucun sens ».
  • A court terme, c’est plus la baisse du coût des produits et des services du quotidien qui va avoir un effet disruptif – et les gens n’en parlent pas assez. Les entreprises vont devenir 10 fois plus efficaces, et cela se traduira par d’importantes baisses de prix. « Il sera beaucoup, beaucoup, beaucoup moins cher de vivre une vie confortable » – c’est l’application du fameux principe de Larry Page intitulé « la croissance par dix ».
  • Par exemple, le prix de l’immobilier devrait s’effondrer. 
  • Dans la mesure où ces événements sont mis en branle par la technologie et le marché, il ne sert à rien de chercher à les éviter. Il n’y a pas d’alternative.

A ce stade, il est intéressant de noter que le FT qualifie Larry Page de « technocrate » – sans que l’on puisse dire s’il font référence à la technologie-cratie ou à l’élito-cratie.

Sur la politique numérique :

  • Ces évolutions suscitent de véritables angoisses qu’il va falloir désamorcer.
  • L’une des principales questions sera de repenser l’organisation et la motivation collectives au sein de la société.
  • Google ne peut pas tout faire tout seul, mais les autres sociétés ne sont pas assez dynamiques.
  • En attendant, Google est devenu le plus important VC de la Silicon Valley et commence à développer d’autres divisions indépendantes comme celle qui sera consacrée autour de Nest à la maison intelligente.
  • Son objectif est désormais de disposer d’un stock de capital suffisamment important pour pouvoir agir à long-terme.

Autant d’éclairages intéressants, mais qui partent du principe que l’amélioration des gains de productivité générés par le numérique va plus vite que l’augmentation des usages en quantité et en qualité. A lire Hartmut Rosa, on aurait par exemple plutôt l’impression que les gains de productivité numérique finissent par coûter plus de temps qu’ils n’en rapportent – tout en laissant un solde négatif en termes de création d’emplois.

L’entretien est ici : FT interview with Google co-founder and CEO Larry Page

Il a été largement commenté, par exemple dans Business Insider : http://www.businessinsider.com/google-ceo-larry-page-computers-taking-jobs-2014-10#ixzz3Hn6g6QZD

Et plus spécifiquement, sur la baisse du prix de l’immobilier : http://www.businessinsider.com/google-ceo-larry-page-houses-should-only-cost-50000-2014-11

On peut aussi relire la très intéressante interview de Larry Page par Steven Levy où il rappelait son credo de « la croissance par dix » : http://www.wired.com/2013/01/ff-qa-larry-page/all/

A noter, trois autres excellents articles sur le sujet du travail dans Internet Actu à l’occasion des travaux organisés à Lift à Marseille :

 

Dans le Washington Post : droit au déréférencement – un pianiste veut supprimer une critique à son sujet

Pianist asks The Washington Post to remove a concert review under the E.U.’s ‘right to be forgotten’ ruling - The Washington Post

Dans le monde connecté, les CGUs des plateformes américaines s’imposent aux usagers européens, mais les décisions de justice espagnoles s’imposent aux entreprises US : Pianist asks The Washington Post to remove a concert review under the E.U.’s ‘right to be forgotten’ ruling

Les choses sont bien sur un peu plus compliquées :

  • Le pianiste Dejan Lazic a reçu de mauvaises critiques sur le site du Washington Post
  • Vivant en Europe, il souhaiterait appliquer la récente décision de la CJUE sur le droit au déréférencement, souvent appelé « droit à l’oubli »
  • Il a donc envoyé une requête en ce sens au Washington Post le 30 octobre

Evidemment, pour le Washington Post, c’est presque la fin du monde qui s’annonce puisque s’ils acceptaient cela signifierait n’importe qui pourrait faire supprimer les propos qui le dérangent. Ce serait la création d’une forme de censure privée qui serait aux mains des politiques, des hommes d’affaire, etc. Ce serait la fin de la liberté d’information.

Heureusement, le Washington Post rappelle que nous n’en sommes pas encore puisque la décision de la CJUE vise Google en tant que moteur de recherche et protège les éditeurs de presse. Le résultat de la décision est de supprimer des liens des résultats de recherche, mais pas les articles en eux-mêmes qui peuvent encore être consultés sur les sites de presse.

Cela pose néanmoins des questions importantes puisque ce genre de requête va être appelée à se multiplier :

  • Google a accepté 53% des requêtes de déréférencement qui lui ont été soumises, et 15% sont en train d’être étudiées.
  • Même s’il ne s’agit que de déréférencement, beaucoup de ces demandes concernent des informations qui mériteraient légitimement d’être portées à la plus large connaissance du public.
  • Google est contraint de prendre ces décisions sans disposer de l’intégralité du contexte pour le faire.

Post-moderne, le Washington Post conclue que, même si les journaux ne sont pas concernés, l’application de cette décision remet en cause le rôle primordial du journalisme qui serait désormais de « faire le tri entre les différentes histoires qui sont en concurrence entre elles pour repérer celles qui reproduisent le mieux la réalité collective« .

Le journaliste comme trader sur le marché des histoires ?

Pas sur que les citoyens soient forcément opposés à ce que cette vision soit remise en cause par l’arrêt de la CJUE. Même si, comme le dit le Washington Post, « l’Europe a d’autres priorités que les Etats-Unis en ce qui concerne la vérité. »

L’article est ici : Pianist asks The Washington Post to remove a concert review under the E.U.’s ‘right to be forgotten’ ruling