Heetch, un bon exemple du manque de stratégie juridique des startups en France ?

Après avoir été interdit en même temps que UberPOP et Djump à l’occasion d’un arrêté préfectoral le 25 juin – le CP de la préfecture est ici en pdf, Heetch est le seul qui continue à exercer son activité, ou plutôt le seul qui continue à l’exercer de la même façon. Djump a rejoint Chauffeur-Privé.com et Uber a transféré les chauffeurs qui le souhaitaient vers UberX et Uber Limousine.

C’est donc sans surprise que le fondateur de Heetch annonce dans Le Parisien avoir eu 102 chauffeurs arrêtés par la police depuis le mois de juin à Paris. A quoi s’attendre d’autre quand on a commencé par affirmer haut et fort que « Heetch n’est pas illégal » ? Et ce sans pour autant contester l’arrêté préfectoral.

En décidant de jouer l’épuisement face à la justice, Heetch tombe dans le travers de nombreuses startups françaises et européennes qui tracent une différence bien trop artificielle entre leur modèle juridique et leur modèle technologique.

Le scénario n’est pas nouveau. Il remonte à l’époque du MP3 où de nombreuses plateformes de musique en ligne revendiquaient mordicus leur droit à l’existence… jusqu’à ce que des acteurs comme Deezer ou Dailymotion arrivent et remportent le marché en s’intéressant autant aux problématiques juridiques que technologiques. Uber ne procède pas autrement en multipliant les sous-modèles pour pouvoir tester autant de modèles juridiques que possible, en sachant bien que l’un d’entre eux finira bien par se révéler la bonne pioche. UberPool, UberPOP, UberX, Uber, UberVAN sont autant des « tests de marchés » que des « tests juridiques ».

Etre capable de « pivoter », c’est aussi être capable d’avoir une vision complète de son activité. Comprendre la relation entre la technologie et les usagers ne suffit plus. Le design d’une app ne s’arrête ni à l’UX, ni à l’UI, il se niche au moins autant dans les CGU, les CGVs et la Privacy Policy. Et rien n’empêche bien sur de jouer avec les mêmes armes que les adversaires déjà installés en s’essayant à faire du lobbying pour modifier la réglementation, à apprendre à jouer avec les procédures juridiques, à faire des montages complexes pour profiter au maximum des textes favorables qui ont été votés au niveau français ou européen.

Etre obligé de s’intéresser à ces questions semble éloigné de l’esprit du numérique ? C’est pourtant dès 2001 que Michael Porter annonçait « la fin de la nouvelle économie » et le besoin de recommencer à réfléchir en termes de stratégie. A défaut, comme le dit le fondateur de Heetch, « s’il y a d’autres saisies de voitures, ça s’arrêtera. »