Dans la crise politique que traverse la France depuis la dissolution de 2024, le nouveau, et peut-être éphémère, gouvernement Lecornu se caractérise tout spécialement par sa vision numérique, à savoir un bulletpoint au sein d’un Ministère de la transformation et de l’action publique, de l’intelligence artificielle et du numérique.
C’est une première, et pas des meilleures.
Le précédent gouvernement rattachait le numérique à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche, ce qui était déjà une façon d’éloigner le sujet de Bercy, du Ministère de l’Industrie, et d’en faire un sujet secondaire.
Plus question désormais de se voiler la face et de chercher à développer une quelconque industrie numérique que ce soit, si le gouvernement s’intéresse au numérique, c’est en tant qu’usager et consommateur.
Le numérique en France, c’est un truc qu’on achète chez les autres, pas un truc qu’on fabrique et qu’on leur vend.
Au vu des enjeux sociétaux et économiques de ce sujet, et au regard des compétences extraordinaires qui sommeillent en France dans ce domaine, il n’est pas certain que ce soit un choix très judicieux.
Nul doute que des secrétariats d’état à l’intelligence artificielle et au numérique viendront soutenir cette nouvelle ministre, mais la vision est claire, et le ton est donné.
Pourtant, face à l’accélération numérique qui nous touche de partout, il faudrait d’abord débattre des valeurs, de la justice sociale et du progrès.
Et pour y arriver, il faudrait pouvoir donner le « la » à tous les français qui se passionnent pour cette grande aventure collective qu’est le numérique.
Et pas seulement se demander comment elle se traduit en achat ou en dépenses pour l’administration.
Hélas, voilà ce qui ressemble encore à un coup manqué.
Peut-être la prochaine fois ?
Encore une fois.
Avec un retour à Bercy ?
Pour revenir à l’industrie.
Ou peut-être même avec un Haut-Commissariat ?
Quelque chose de plus transversal qui serait enfin pleinement au développement de la nouvelle société numérique qui se développe chaque jour sous nos yeux ?
Sans nous.
Ou en tout cas, sans nos gouvernements.