2026, Trump, le Venezuela et la balkanisation du monde

Donald Trump a annoncé samedi que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela suite à une opération américaine extraordinaire qui a abouti à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores.

Voilà bien une annonce vague à souhait.

Cela pourrait signifier installer un leader aligné sur les intérêts nationaux américains, ou mettre en place un gouvernement fantoche rempli de marionnettes choisies sur mesure.

Certes, tout reste à faire, mais peut-être pas par les États-Unis qui n’ont pas toujours brillé par leur finesse en matière d’interventions étrangères.

Et la pire option, la plus stupide que Trump pourrait choisir ?

Une occupation militaire.

Autant les vénézuéliens ont de nombreuses raisons de se réjouir de se voir débarassés sans bain de sang d’un dictateur qui les volait de leur pays, autant faudrait-il éviter de transformer la situation en un nouvel Irak ou un nouvel Afghanistan,

Donald Trump n’a peut être pas peur d’envoyer « des bottes sur place« , mais face aux insurgés en petits groupes, le bilan de l’armée américaine reste médiocre.

Avec les tactiques de guérilla et la multiplication des groupes armés de paramilitaires ou des narcotrafiquants – qui peuvent parfaitement s’analyser comme des groupes ethniques ou politiques, l’opération risquerait de se transformer en un sérieux bourbier.

Sans oublier la présence militaire russe ainsi que les importants investissements en infrastructures de la Chine.

Mais c’est peut-être la raison pour laquelle le régime actuel semble devoir rester en place sous la direction de l’ancienne vice-présidente, en se concentrant principalement sur l’exploitation des actifs pétroliers du pays.

Pas de guerre, ni de guerre civile, mais une forme de vassalisation économique plus ou moins directe selon les secteurs d’activité.

Sur le plan des commentaires et des analyses, je n’ai vu personne employer le terme de « colonialisme » – sauf peut-être, indirectement, le gouvernement venezuélien.

Ca y ressemble pourtant beaucoup, et ce serait plus logique encore d’employer ce terme ici que quand on parle de numérique.

Sur le plan international, on peut s’attendre à encore plus de tensions que d’habitude (si c’est encore possible) sur la scène politique internationale dans les prochaines semaines.

Ca va parler du Groenland, mais aussi de Gaza, de l’Ukraine, etc.

Et sur le plan juridique, le caractère remarquable de cette action de Donald Trump n’est pas tant le mépris du droit international – qu’il méprise et combat depuis longtemps – que de l’équilibre des États et de la paix mondiale.

La toute-puissance américaine est loin d’être absolue.

Avant toute chose, elle repose sur la globalisation des échanges et de l’information.

À défaut, on reviendra à un ralentissement des échanges, mais aussi et d’abord dans le numérique numérique, avec des fractures qui pourraient isoler les écosystèmes technologiques et freiner l’innovation globale.

A ce compte, le véritable danger de la souveraineté, ce serait la balkanisation : des clouds souverains hermétiques, des protocoles incompatibles les pays, une cyber-guerre permanente non plus comme une exception, mais comme la règle des échanges internationaux.

Balkanisation, un terme un peu oublié qui reviendra peut-être à la mode en 2026 – dans tous les sens du terme.


Tout en restant sur le sujet des Etats-Unis, mais pour souhaiter malgré tout une bonne année 2026 à tout le monde, et commencer plus agréablement qu’en commentant ce qui nous échappe, une bonne idée serait d’aller lire cet excellent essai de Dan Wang sur l’importance d’aller régulièrement à San Francisco – et en Chine, et qui me rappelle deux articles que j’avais écrit pour Esprit, l’un en 2011 et l’autre en 2016.

Mais, plus important encore à mon sens, il serait important de se souvenir que le 4 juillet 2026 marquera le 250e anniversaire des Etats-Unis d’Amérique.

Il est bien évident que cet événement symbolique sera d’une importance majeure dans la compréhension de la politique américaine et mondiale à venir.

Et pour se mettre dans le bon état d’esprit, pourquoi ne commencer par regarder le documentaire de Ken Burns sur la Révolution américaine – gratuit sur PBS sans avoir besoin d’abonnement à un service de streaming.

Et bonne année bien sur.

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