Lawrence Lessig interviewe Edward Snowden

C’est toujours un plaisir de suivre les travaux de Lawrence Lessig, et cette interview d’Edward Snowden ne fait pas exception à la règle.

Snowden fait plusieurs assertions relatives au développement de la société de surveillance, un lecteur de Slashdot a identifié les points les plus saillants :

Pour la petite histoire, c’est dans la même salle que j’avais eu l’occasion il y a quelques années de voir un autre professeur de Harvard défendre la mise en place de la surveillance de masse et les mesures spéciales contre les terroristes. C’est la routourne qui tourne.

Pour Julian Assange, Google n’est pas une entreprise comme les autres

Assange: Google Is Not What It Seems

Newsweek publie les bonnes feuilles du prochain livre de Julian Assange « When Google Met WikiLeaks » : Assange: Google Is Not What It Seems.

Le texte est évidemment à prendre avec du recul, mais il est tout de même très intéressant en ce que Assange est un acteur privilégié des questions de libertés fondamentales et de politique dans le contexte numérique.

L’extrait publié par Newsweek détaille la façon dont Julian Assange a fait évoluer sa perception de Eric Schmidt jusqu’à voir en lui le leader d’une nouvelle classe de politiciens post-modernes intervenant dans la vie publique directement à travers leur entreprise.

En résumé :

  • comparé à des interlocuteurs comme Jared Cohen, Eric Schmidt donne l’apparence d’être beaucoup plus ingénieur que politicien
  • pourtant, son entourage est profondément intégré à l’appareil d’Etat américain qui l’utilise régulièrement pour faire de la « diplomatie d’arrière cour » quand ils ne veulent pas intervenir directement
  • Julian Assange avance l’idée que les intellectuels de Google comme Jared Cohen utilisent leurs moyens pour influencer les pays étrangers
  • en règle générale, les intellectuels de Google se tournent vers le solutionnisme technologique pour proposer de réponses aux problèmes de démocratie rencontrés dans ces pays
  • partant de là, Julian Assange se lance dans une violente critique des ONG et des intellectuels qui participent à ce qu’il appelle le « circuit des conférences de la société civile » – auquel il reproche de soutenir des intérêts politiques

C’est passé ce cap que Julian Assange commence à expliquer comment il a changé de vision sur Erich Schmidt. Loin d’être un ingénieur brillant, mais exploité par le département d’Etat américain, celui-ci serait en fait un politicien habile et pragmatique capable de pousser ses propres idées :

  • l’ensemble de la carrière de Eric Schmidt démontre une véritable acuité politique qui transparait à travers ses relations personnelles, ses engagements associatifs et ses soutiens à des politiciens
  • Eric Schmidt se trouve en fait exactement au point clé de la vie politique américaine où se retrouvent le centriste politique, le libéral économique et l’impérialiste conquérant
  • comme les autres dirigeants de Google, il serait convaincu que les entreprises multinationales ont une mission civilisatrice

Mais dans le cas de Google, cela va irait plus loin :

  • car Google est une entreprise visionnaire
  • malgré PRISM, malgré sa coopération avec les services de renseignement US qui en font « un membre clé de leur base de défense industrielle », malgré sa croissance qui peut se faire au détriment d’autres entreprises, la bonne réputation de Google reste indétronable
  • Google est désormais l’un des principaux lobbyistes américains
  • à ce stade, pour continuer sa croissance, Google ne va plus pouvoir plus se contenter de jouer selon les règles du libre marché
  • pour Assange qui cite Schmidt et Cohen sur ce point, il ne faut plus considérer Google comme une entreprise philantropique, mais comme l’équivalent moderne de Lockheed-Martin ou de Blackwater

La conclusion de Julian Assange est du coup assez claire :

  • pour beaucoup de gens dans le monde, Google est en train de devenir l’Internet et l’Internet est en train de devenir Google
  • ce serait un échec pour de nombreux pays – et pour l’Europe – où l’Internet représentait une alternative à l’hégémonie culturelle, stratégique et économique des Etats-Unis
  • et avec le sens de la formule, il conclue en disant « A “don’t be evil” empire is still an empire. »

Nul doute que si le reste du livre est du même acabit, il va encore faire parler de lui.

Lire l’article ici : Assange: Google Is Not What It Seems.

 

Le numérique doit-il être user-friendly ou récompenser le talent et l’expérience ?

Loper OS » Engelbart’s Violin

Excellent d’article sur l’histoire du design consacré au clavier, au sténotype et à la créativité : Loper OS » Engelbart’s Violin.

Pour résumer :

  • demander à un programmeur d’utiliser un clavier standard, c’est un peu comme demander à un violoniste médaillé de jouer sur du plastique
  • presque toutes les professions utilisent un matériel spécialisé, sauf les programmeurs
  • la révolution numérique n’a pas créé un accès à du matériel informatique professionnel pour tous, elle a contraint les professionnels à utiliser le matériel du grand public
  • d’autres outils existent comme par exemple des pédales pour remplacer la souris
  • les inventeurs de l’informatique utilisaient des outils alternatifs, comme Douglas Engelbart dans sa Mother Of All Demos qui se servait à la fois d’une souris – qu’il a inventé, et d’un sténotype à la place du clavier

Loper OS » Engelbart’s Violin

  • les collègues de Engelbart était contre cette invention, notamment Alan Kay qui estimait justement que c’était comme donner un violon de maître à des enfants, alors que la plupart d’entre eux ne voudront de toute façon pas apprendre le violon
  • c’est cette attitude qui perdure aujourd’hui, on continue de vouloir enseigner l’informatique la plus simple qui soit, celle qui ne nécessite aucun entrainement – on met l’accent sur l’ergonomie au détriment de l’efficacité
  • toutes les tentatives de remplacer le clavier par un outil plus efficace mais plus compliqué se sont soldées par des échecs – comme l’invention du microwriter

On peut faire de nombreuses critiques sur cette analyse, mais la fin est particulièrement intéressante :

  • la prédominance du clavier standard est le symptôme d’une maladie du numérique : la victoire totale d’un business model et d’une technologie qui n’offrent aucune prime au talent et aux compétences
  • les interfaces utilisateurs ne valorisent jamais l’apprentissage ou l’expérience et ne différencient pas le néophyte du professionnel
  • les entrepreneurs recherchent désormais des gens interchangeables, sans compétence ni talent particulier

Et la conclusion tient en une idée simple qui va à l’encontre du paradigme actuel du design, mais qui répond à de nombreuses questions sur le mythe des digital natives, le manque de compréhension des rouages de l’internet, etc. : les outils numériques devrait mieux récompenser l’apprentissage et l’expérience qu’ils ne le font aujourd’hui.

L’article est ici : Loper OS » Engelbart’s Violin.

Video games… Teaching English better than English Teachers since 1980’s

Je veux le t-shirt !

Via Game One.

Dans Internet Actu: imaginer l’avenir des ateliers de fabrication numérique, Fab Labs, makerspaces, etc.

Fab Labs, makerspaces, etc. : Imaginer l’avenir des ateliers de fabrication numérique « InternetActu.net

La DGE a lancé une étude sur l’état des lieux et la typologie des ateliers de fabrication numérique. Confiée au cabinet Conseil & Recherche et à la FING, elle a abouti sur un excellent document dont certains points sont particulièrement nouveaux et dignes d’intérêt :

  • plutôt que de parler de fablabs, on pourrait désormais parler d’atelier de fabrication numérique
  • les deux fonctions clés de l’atelier de fabrications sont la construction et l’animation de communautés d’une part, la médiation d’autre part
  • les ateliers de fabrication fonctionnent d’autant mieux qu’ils s’inscrivent dans un écosystème déjà existant
  • ils peuvent s’intégrer à des types de structures très différentes (au sein d’un campus, auprès d’entrepreneurs, dans une grande entreprise ou une filière, etc.)
  • les ateliers deviennent de plus en plus spécialisés et se consacrent à des écosystèmes spécifiques (metallurgie, biologie, architecture, santé, énergie, etc.)

J’en déduis que les ateliers de fabrication vont petit à petit devenir des portes d’entrées vers des écosystèmes thématiques – en coordination avec d’autres structures de type université, pôles de compétitivité, etc. Passer par un atelier sera une façon dynamique de lancer un projet dans un secteur donné dont on ne maîtrise pas encore les codes et les techniques, quelle que soit la forme qu’on souhaite lui faire prendre dans le futur – de la startup au projet de recherche universitaire.

L’article et le rapport sont ici : Fab Labs, makerspaces, etc. : Imaginer l’avenir des ateliers de fabrication numérique « InternetActu.net.

Dans la MIT Tech Review: de Piketty à Brynjolfsson, quel rôle joue la technologie dans l’accroissement des inégalités?

What Role Does Technology Play in Record Levels of Income Inequality? | MIT Technology Review

Ce n’est pas peu dire que Thomas Piketty aura eu un impact durable sur les technologies thinkers américains – et ce depuis plus d’une dizaine d’années.

David Rotman avait déjà lancé le débat dans la MIT Tech Review en 2013 en écrivant un article inquiétant qui reprenait les travaux de Erik Brynjolfsson sur le rôle très peu schumpeterien de la technologie dans la destruction d’emplois.

Il récidive avec cet article sur le rôle de la technologie dans l’accroissement des inégalités :

  • les statistiques confirment l’impression de décalage entre les pauvres et les super-riches dans la Silicon Valley : le revenu moyen y est de 94000 dollars annuels contre 53000 dans le reste des USA, mais 31% des emplois restent payés 16$ de l’heure ou moins
  • de plus en plus d’analystes estiment que cette situation va se généraliser à l’ensemble des USA et cette prise de conscience est l’une des principales causes de succès du livre de Thomas Piketty
  • la croissance des inégalités parallèle au progrès technologique apparaît comme une nouveauté qui remet en question le principe de la méritocratie et la gestion de l’innovation

Reste à comprendre le rôle joué par la technologie dans ce processus d’accroissement des inégalités :

  • pour, Erik Brynjolfsson, c’est directement la technologie qui est le principal facteur de croissance des inégalités
  • la raison tient à ce que la technologie ne garantit aucunement la répartition égalitaire des gains de productivité qu’elle génère, l’effet « winner takes it all » joue à plein et favoriser la constitution de monopoles ou quasi-monopoles – cf « The Economics of Superstars » de Sherwin Rosen en 1981
  • l’impact de ces superstars technologiques est global pour l’ensemble de l’économie – cf « New World Order » dans le numéro de juillet/août de Foreign Affairs
  • ce  phénomène est encore plus marqué dans le modèle décrit par Piketty puisque ce sont les supermanagers créatifs qui accaparent simultanément la richesse produite, et la capacité de créer de nouvelles richesses – la concentration ne se fait même plus au niveau des entreprises, mais directement au niveau des personnes… on passe à des monopoles qui seraient quasiment détenus directement par des individus

Dans le même temps, l’accroissement des inégalités crée un cercle vicieux pour la population dans un ensemble :

  • avec l’augmentation du niveau d’automatisation, la capacité créative est la chose la plus valorisée au niveau des individus
  • la capacité créative est liée au niveau d’éducation qui devient un marqueur indispensable de la réussite professionnelle – un bac+3 représentait 17411$ de plus qu’un baccalauréat pour un américain en 1979, c’était 34969$ en 2012
  • la demande devient exponentielle pour les emplois les plus créatifs, mais de plus en plus faible et de moins en moins rémunérée pour ceux qui le sont moins
  • la gentrification tourne à plein et les personnes les mieux payées repoussent les autres hors du système en faisant monter les prix de l’ensemble des services du quotidien – la Californie est la 8e économie du monde mais présente le plus haut niveau de pauvreté des USA
  • la reproduction des élites joue à plein – pour Piketty, le revenu des parents est le meilleur indicateur d’entrée dans la Ivy League, pour Judy Miner en Californie, le code postal suffit déjà
  • en matière d’accès à l’éducation, le décalage est immense entre les paroles et les actes
  • on biaise le débat en mettant l’accent sur le niveau général de l’éducation car les écoles de bon niveau existent mais sont de moins en moins accessibles à l’ensemble de la population

Comme le conclut David Grusky de Stanford, « si les gens ne sont pas peuvent pas rejoindre les emplois créés par la technologie, c’est d’abord parce que nos institutions publiques n’ont pas fonctionné ».

Comme le suggère Piketty, et David Rotman à sa suite, cette constatation devrait logiquement amener à la question de la redistribution des revenus.

Mais là, c’est le blocage. La redistribution des revenus est un gros mot aux Etats-Unis, et surtout nombreux sont ceux qui pensent que c’est la technologie elle-même qui apportera ses propres solutions aux problèmes qu’elle crée. A écouter David Gursky, redistribuer les revenus ne serait qu’une façon de traiter le symptome et risquerait de déboucher sur la taxation injuste de ceux qui ont réussi à innover.

L’analyse de David Gursky est juste si on se contente de limiter la question à celle de l’éducation. Mais c’est l’un des principaux apports de Thomas Piketty que d’avoir su généraliser le problème à bien d’autres sujets, et à le rendre aussi transversal que peut l’être la technologie – quid par exemple des autres services publics qui sont aussi importants que l’éducation dans l’accès de la population à la réussite comme la santé, les transports, le droit du travail, la gouvernance d’entreprise, etc.

Comme le conclut David Rotman, le problème est politique.

Ceux qui sont intéressés par le sujet peuvent profiter des archives de la MIT Tech Review pour retrouver un article de Robert Solow réclamant qu’on fasse la différence entre la sensation humiliante de perdre son emploi face à une machine, et la réalité du processus de destruction créatrice des anciens emplois par de nouveaux emplois.

L’article est ici : What Role Does Technology Play in Record Levels of Income Inequality? | MIT Technology Review.

Un essai inédit de 1959 par Isaac Asimov sur la créativité et l’innovation

Published for the First Time: a 1959 Essay by Isaac Asimov on Creativity | MIT Technology Review

Un ami de Isaac Asimov l’avait invité à des séminaires sur la créativité pour l’entreprise d’armement dans laquelle il travaillait. Il a retrouvé le texte qu’avait écrit Asimov à l’occasion et l’a publié dans la MIT Tech Review.

Très court, l’essai de Asimov est intéressant car il traite de l’obscurité du processus créatif, et de son caractère distribué qui fait que plusieurs personnes ont souvent la même idée au cours de la même période de temps.

Ce sujet a été abordé depuis longtemps – par exemple dans « The Double Helix » de James Watson, mais il est aujourd’hui sur le devant de la scène comme dans « Where Good Ideas Come From » de Steven Watson.

Mais le texte de Asimov reflète plusieurs intuitions originales :

  • les idées sont exprimées individuellement, mais elles apparaissent collectivement – Charles Darwin et Alfred Wallace ont eu l’idée de l’évolution séparément, mais en même temps,
  • elles sont fonction du niveau d’information des créatifs qui leur permet de faire des croisements d’idées originaux – c’est la publication et la lecture de « Essay on Population » de Malthus qui a augmenté le niveau d’information de Darwin et Wallace, leur permettant ainsi comprendre la notion de surpopulation, de lutte pour la survie et d’en déduire le principe de sélection naturelle
  • les idées les plus intéressantes sont exprimées par des gens ne sont pas payés pour les avoir – des tiers amateurs qui n’ont pas conscience des frontières d’un domaine
  • il faut déconnecter l’innovation de sa rémunération, sous peine de créer un sentiment de responsabilité, de culpabilité et une pression de réussite qui sont les meilleurs freins à la créativité
  • les sessions de groupe et autres brainstormings ne sont pas vraiment destinées à faire émerger des idées nouvelles, mais à améliorer le niveau d’information générale des participants pour leur permettre de s’exprimer individuellement – sur le moment ou a posteriori
  • elles doivent être accompagnées par une personne extérieure qui aide à poser les bonnes questions qui seront utiles à chacun – un rôle que Asimov assimile plus à celui d’un psychanalyste ou d’un médecin qu’à celui d’un manager

In fine, Asimov présente quasiment la créativité comme un processus analytique et inconscient passant par un tiers dont on améliore le niveau d’information pour vaincre les tabous d’un secteur sans avoir besoin de les identifier formellement.

Toute la difficulté tient bien sur au fait que plus on améliore le niveau d’information d’un tiers, moins celui-ci est extérieur au problème que l’on souhaite résoudre. D’où le besoin de travailler en groupe pour atteindre le même objectif en fournissant le moins d’information possible pour préserver la possibilité de faire des croisements fructueux.

Pour le coup, c’est original. Et l’importance donnée au tiers amateur dans l’innovation fait écho à de nombreux exemples modernes faisant intervenir le crowd, la multitude, le participatif, le collaboratif, etc. sans noyer l’individu dans le collectif du One Thousand Eyeballs.

L’article est ici : Published for the First Time: a 1959 Essay by Isaac Asimov on Creativity | MIT Technology Review.

Dans le NYT, Paul Krugman s’emporte contre le « monopsone » de Amazon

Amazon’s Monopsony Is Not O.K. - NYTimes.com

Dans son édito du NYT, Paul Krugman estime que Amazon est trop puissant et que les méthodes de l’entreprise finissent par faire du mal aux Etats-Unis.

Plusieurs points sont intéressants :

  • Les produits de Amazon sont plébiscités par les consommateurs, mais ceux de la Standard Oil de Rockfeller l’étaient tout autant
  • A l’occasion d’une dispute commerciale sur les marges dans la vente de livres, Amazon a commencé à ralentir la livraison, augmenter les prix ou rediriger les consommateurs de livres Hachette.
  • Ces stratégies commerciales ressemblent trait pour trait à celles de l’époque des « barons voleurs », comme Standard Oil qui pouvait refuser de livrer du pétrole aux entreprises qui contestaient ses conditions
  • Amazon n’essaie pas d’exploiter ses consommateurs, mais ses producteurs. Ce n’est pas un monopole, mais un monopsone – un acheteur unique en situation de tirer les prix d’achat vers le bas.
  • Ce pouvoir est bien plus grand que ce suggèrent les seules parts de marché. Le simple fait de ne pas vendre un livre sur Amazon risque d’entraver le processus de bouche à oreille qui est au coeur de la vente de biens culturels.
  • L’exemple de Hachette montre qu’on ne peut pas faire confiance à Amazon.
  • La principale question est celle de l’influence déloyale d’Amazon qui va bien au-delà de la question de son combat avec Hachette. Par exemple, le blog Bits du NYT a repéré que le dernier livre des ultralibéraux frères Koch était disponible en livraison immédiate tandis que celui du démocrate Paul Ryan n’était disponible que sous 2 à 3 semaines.
  • Finalement, pour Krugman, la question qui se pose n’est pas de savoir si Amazon bénéficie aux consommateurs, mais si l’entreprise abuse de sa position. Pour lui, la réponse ne fait pas de doute.

Au-delà de l’angle des critiques de Amazon qui s’axe de moins en moins sur le droit de la concurrence, et de plus en plus sur la diversité d’information, c’était l’occasion d’apprendre le mot « monopsone » qui décrit la situation de quelqu’un qui est le seul acheteur sur un marché.

L’article est ici : Amazon’s Monopsony Is Not O.K. – NYTimes.com.

 

Tsundoku… celui qui empile les livres à l’infini…

Bien vu…

L’histoire fascinante de la création de Google Scholar par Anurag Acharya

The Gentleman Who Made Scholar — Backchannel — Medium

L’histoire de l’innovation révèle toujours des personnalités fascinantes, surtout quand elle est racontée par Steven Levy :

  • Google Scholar a 10 ans – déjà
  • Anurag Acharya est arrivé aux USA pour son doctorat, et il est resté comme professeur à Berkeley, puis comme ingénieur chez Google – ça a l’air plus sympa qu’un post-doc sous-payé en France
  • Anurag Acharya était un spécialiste de l’indexation, il a sur-innové en inventant une meilleure indexation dans un autre secteur que le search grand public – on peut donc continuer à innover dans des secteurs où les jeux semblent faits – search, réseaux sociaux, tchats, emails, etc.
  • Anurag Acharya a été encouragé à travailler directement sur un prototype, et c’est ce prototype qui a été mis en ligne en 2004
  • Il a continué à compléter le produit après le lancement, en passant des accord avec les fonds privés d’articles scientifiques, en améliorant le support multilingue, en affinant la précision des informations disponibles, etc.

Le plus fascinant c’est l’impression de facilité qui se dégage de la création de Google Scholar. À aucun moment Anurag Acharya ne parle de budget, de délais ou même de volume de données indexées. De deux choses l’une. A l’entendre, ça n’a pas du couter très cher et il fallait juste laisser la liberté à quelqu’un de le faire – ce qui implique peut-être de le payer correctement.

Quelle différence d’attitude et de présentation avec ce que l’on voit par chez nous où tout ça ce serait transformé en un projet doté d’un budget, confié à une société de développement, avec des partenariats compliqués, une gouvernance enkystée, des échéances politiques, etc.

Mais encore une fois, et c’est ce que dit Eric Schmidt dans How Google Works, pour arriver à ce niveau de facilité et de dynamisme, il faut peut-être commencer par donner les moyens aux talents créatif de porter leurs projets par eux-mêmes.

L’article est ici : The Gentleman Who Made Scholar — Backchannel — Medium.