Gouvernement après gouvernement, le numérique reste mal aimé et mal compris par les politiques

Dans la crise politique que traverse la France depuis la dissolution de 2024, le nouveau, et peut-être éphémère, gouvernement Lecornu se caractérise tout spécialement par sa vision numérique, à savoir un bulletpoint au sein d’un Ministère de la transformation et de l’action publique, de l’intelligence artificielle et du numérique.

C’est une première, et pas des meilleures.

Le précédent gouvernement rattachait le numérique à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche, ce qui était déjà une façon d’éloigner le sujet de Bercy, du Ministère de l’Industrie, et d’en faire un sujet secondaire.

Plus question désormais de se voiler la face et de chercher à développer une quelconque industrie numérique que ce soit, si le gouvernement s’intéresse au numérique, c’est en tant qu’usager et consommateur.

Le numérique en France, c’est un truc qu’on achète chez les autres, pas un truc qu’on fabrique et qu’on leur vend.

Au vu des enjeux sociétaux et économiques de ce sujet, et au regard des compétences extraordinaires qui sommeillent en France dans ce domaine, il n’est pas certain que ce soit un choix très judicieux.

Nul doute que des secrétariats d’état à l’intelligence artificielle et au numérique viendront soutenir cette nouvelle ministre, mais la vision est claire, et le ton est donné.

Pourtant, face à l’accélération numérique qui nous touche de partout, il faudrait d’abord débattre des valeurs, de la justice sociale et du progrès.

Et pour y arriver, il faudrait pouvoir donner le « la » à tous les français qui se passionnent pour cette grande aventure collective qu’est le numérique.

Et pas seulement se demander comment elle se traduit en achat ou en dépenses pour l’administration.

Hélas, voilà ce qui ressemble encore à un coup manqué.

Peut-être la prochaine fois ?

Encore une fois.

Avec un retour à Bercy ?

Pour revenir à l’industrie.

Ou peut-être même avec un Haut-Commissariat ?

Quelque chose de plus transversal qui serait enfin pleinement au développement de la nouvelle société numérique qui se développe chaque jour sous nos yeux ?

Sans nous.

Ou en tout cas, sans nos gouvernements.

Face à la canicule, pourquoi ne pas tout simplement installer la clim ?

Comme beaucoup s’en doutaient, à la veille de l’été, la suspension de l’aide MaPrimeRénov’ était une erreur majeure du gouvernement.

La canicule est là, les températures explosent, les gens s’épuisent le jour et n’arrivent pas à dormir la nuit.

Et l’Etat apparaît comme impuissant.

Quant aux médias qui abordent le sujet, on ne peut que ressentir une forme de sidération face à la multiplication des recettes de grands-mères qui évitent autant que possible d’aborder la question de la climatisation.

Car pour toutes les personnes qui ont vécu dans des pays chauds et développés à l’étranger – au Japon pour ce qui me concerne, la climatisation est une évidence.

Il s’agit là bas d’un dispositif de base dont quasiment tous les foyers sont équipés et qui n’est vu par personne comme posant la moindre difficulté.

Et surtout, c’est le dispositif le plus efficace, seul capable de ramener simplement les températures sous les 30 degrés, voire sous les 25 degrés – permettant ainsi de sauver jusqu’à 195 000 vies par an dans le monde.

Sans ajouter que les gens font de toute façon tourner des ventilateurs qui consomment également, et que les climatiseurs réversibles sont bien utiles en hiver, où ils consomment largement moins que les radiateurs électriques plebiscités par l’état depuis des décennies.

Alors pourquoi ce rejet en France ? Quasiment un rejet culturel, voire idéologique.

Qu’il s’agisse de la consommation électrique ou du reste, les arguments laissent tout de même un peu pantois – la création « d’ilots de chaleur »‘ liée au rejet de l’air de chaud à l’extérieur oublie par exemple le fait que l’air chaud en question dispose ensuite de centaines de mètres voire de kilomètres d’espace pour se dissiper et qu’aucun phénomène similaire n’est constaté à l’étranger, y compris en espace urbain.

Alors certes, il faut reconstruire ou rénover beaucoup de batiments pour remettre des murs de qualité et créer des ouvertures traversantes.

Sauf qu’il est nécessaire de trouver une solution aujourd’hui, et ce pour les logements que les gens habitent actuellement.

Bien sur, ce n’est pas suffisant.

Au niveau des politiques publiques, il aurait été de bon ton de maintenir le dispositif MaPrimRénov’ – ne serait-ce que pour permettre à la climatisation de fonctionner plus facilement dans des logements mieux structurés.

Mais il serait aussi utile d’intégrer la notion de confort thermique en été dans les critères du DPE, voire dans les critères de décence des logements en général.

Et surtout, il faut rediriger un peu la politique française du logement de la lutte contre le froid vers la lutte contre le chaud.

Concrètement, les batiments publics et les nouveaux batiments privés devraient aujourd’hui mieux prendre en compte la survenance de périodes de forte chaleur, et prévoir des mécanismes de refroissement objectivement efficaces, sans se laisser aller à des présupposés plus idéologiques qu’autre chose.

Quelle que soient leur importance à moyen et long terme, l’analyse des pouvoirs publics et des administrations ne peut pas rester bloquée sur la seule combinaison du réchauffement climatique et de la sobriété énergétique.

La logique, le bon sens et les expériences étrangères montrent qu’il faut y ajouter la prise en compte dudit confort thermique, et la solution de la climatisation, sans hypocrisie, mais sans s’y limiter bien sur.

A défaut, les français en seront réduits à disposer chaque année de nouveaux numéros verts et de conseils toujours plus fantastiques à base de bouteilles froides, de ventilateurs et de serviettes mouillées.

De toute façon, comme souvent, les gens votent avec leurs pieds.

Les ventes de climatisation portable explosent depuis quelques jours, et il est certain que les foyers qui en ont les moyens installeront la clim dans les mois qui suivront l’été.

Une fois de plus, cela ne fera qu’ajouter qu sentiment croissant de décalage entre l’état, les politiques et la réalité des français.

Selon le Code de la Légion d’honneur, l’exclusion de Nicolas Sarkozy est automatique et ne dépend ni d’Emmanuel Macron, ni de personne

Je dois avouer avoir été surpris de lire dans la presse que Emmanuel Macron ne prendrait aucune décision relative à l’exclusion de Nicolas Sarkozy de l’ordre national de la Légion d’honneur.

Par exemple dans Le Figaro : https://www.lefigaro.fr/politique/emmanuel-macron-assure-qu-il-ne-prendra-aucune-decision-de-retrait-de-legion-d-honneur-a-nicolas-sarkozy-20250424

Or, l’ordre national de la Légion d’honneur est régi par le Code de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire et de l’ordre national du Mérite : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/texte_lc/LEGITEXT000006071007/2025-04-25/

Faisons donc un peu de droit des médailles.

Déjà, comme chacun pourra le constater, malgré un certain nombre de dispositions assez surranées, le Code est très précis.

Il prévoit notamment dans son article R91 :

« Sont exclues de l’ordre :

1° Les personnes condamnées pour crime ;

2° Celles condamnées à une peine d’emprisonnement sans sursis égale ou supérieure à un an. »

En aparté, les dirigeants d’entreprise seront sans doute chagrinés de noter que l’article R95 du Code prévoit toujours la possibilité de les sanctionner en cas de faillite – avec quand même autour de 70 000 entreprises prévues comme en défaut pour cette année :

« L’exercice des droits et prérogatives ainsi que le traitement attachés à la qualité de membre de l’ordre peuvent être suspendus en totalité ou en partie soit en cas de condamnation à une peine correctionnelle, soit en cas de faillite. »

Mais pour ce qui concerne Nicolas Sarkozy, ayant été condamné à une peine d’emprisonnement sans sursis supérieure à un an, l’article R91 s’applique et il est donc exclu de l’ordre.

Alors certes, Emmanuel Macron n’est pas d’accord.

Mais même si le Président de la République est le Grand Maître de l’ordre, il n’est pas pour autant le seul maître à bord.

Primo, la décision ne dépend pas de lui.

Elle est automatique.

La Cour de cassation l’a d’ailleurs dit en 1992 : « la perte de son titre par un titulaire (…) est la conséquence nécessaire et l’accessoire obligé« .

Secundo, la mise en oeuvre de la décision ne dépend pas plus de lui.

En effet, l’ordre dispose d’un Grand Chancelier, toujours un militaire de très haut grade.

Aujourd’hui, il s’agit de François Lecointre, l’ancien chef d’état major des armées nommé par Emmanuel Macron en 2017, à la suite du départ du Général Villiers : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Lecointre_(militaire)

Or, selon l’article R107 du Code, c’est le Grand Chancelier qui doit procéder à la destitution d’un membre exclu en application de l’article R91, et non le Grand Maître :

« Dans les cas prévus au second alinéa de l’article R. 90 et à l’article R. 91, le grand chancelier informe le conseil de l’ordre et constate, par arrêté, l’exclusion de l’ordre.« 

D’ailleurs, il n’a pas grand chose à faire puisqu’il est supposé informer et constater, soit envoyer un courrier et rédiger un arrêté.

Aucune décision n’a donc besoin d’être prise, par personne.

Dès lors qu’il est condamné, Nicolas Sarkozy est exclu.

Et les dispositions de l’article R107 ne signifie aucunement qu’il peut imposer un délai ou y mettre des conditions supplémentaires.

Leur justification est toute simple.

Dans la majorité des situations, ni l’ordre, ni le public ne serait au courant d’une condamnation.

Si tout le monde est au courant pour Nicolas Sarkozy, c’est en raison de la médiatisation particulière dont a fait l’objet son procès.

L’article R98 du Code prévoit d’ailleurs que l’ordre soit informé des condamnations directement par la justice ou par les ministères concernés :

« Le ministre de la justice et le ministre de la défense transmettent au grand chancelier des copies de tous les jugements et arrêts rendus en matière criminelle et correctionnelle concernant des membres de l’ordre et des bénéficiaires de distinctions de l’ordre.

Chacun des ministres intéressés transmet au grand chancelier les décisions des juridictions disciplinaires relevant de son autorité. »

Cela permet que le Grand Chancelier soit informé des condamnations et qu’il puisse prévenir l’ordre, garantissant ainsi que la décoration ne soit pas exploitée illicitement en public.

Dès lors, on voit mal quelles pourraient être les alternatives que le Grand Maître de l’ordre pourrait trouver pour que le Grand Chancelier de l’ordre s’évite de devoir constater l’exclusion de Nicolas Sarkozy et qu’il puisse s’abstenir d’en informer le conseil de l’ordre.

Ou alors, il faudrait qu’il refuse d’exécuter une décision de justice ainsi que le Code qui régit l’ordre qu’il est chargé de diriger.

Il s’exposerait alors à d’intéressantes procédures administratives au regard de ce qui apparaît comme une compétence liée.

Quant au juge pénal qui serait potentiellement chargé de décider si Nicolas Sarkozy serait en infraction vis-à-vis de l’article 433-14 du Code pénal, il ne serait sans doute pas tenu par l’absence de décision du Grand Chancelier puisque la Cour de cassation a précisé qu’il s’agissait d’une « conséquence nécessaire » et d’un accessoire obligé.

Mais les nouveaux jurisconsultes que sont nos technocrates et hauts fonctionnaires savent toujours faire preuve d’imagination juridique quand il s’agit de défendre les intérêts qui ont l’heur de leur plaire.

Sur ce point, le journal Le Monde semble dire que divers membres de l’ordre ne l’entendraient d’ailleurs pas de cette oreille : https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/04/25/emmanuel-macron-decide-de-ne-pas-retirer-la-legion-d-honneur-a-nicolas-sarkozy_6599862_823448.html

Ils auraient bien raison.

A noter cependant pour l’anecdote que, même exclu, Nicolas Sarkozy ne disparaitra de toute façon pas complètement des apparats de la Légion d’honneur puisque son nom pourrait rester gravé sur le grand collier, juste après Jacques Chirac, et juste avant François Hollande.

Ce ne serait pas la première fois puisque les hasards de l’histoire avaient déjà fait que le nom de Philippe Pétain s’était retrouvé à précéder celui du Général de Gaulle – lequel avait été inscrit à deux reprises.

Les Etats-Unis vont ils rester le prédateur alpha dans la chaîne de valeur économique mondiale ?

Mais quelle mouche a donc pris Donald Trump d’imposer des taxes douanières et de mettre fin de cette façon à un système qui fondait (ou semblait fonder) la prospérité et la puissance économique des Etats-Unis ?

Certes, cela faisait visiblement longtemps qu’il y réfléchissait.

Mais tout de même.

La mise en oeuvre de son agenda protectionniste va bien au-delà de ce que prévoyaient les analystes.

Qu’il s’agisse des particuliers, des entreprises ou des marchés financiers, tous vont être impactés.

Ne serait-ce que dans le numérique, les multinationales américaines bénéficient depuis plus de 40 ans d’un accès sans limites et quasiment sans contraintes au marché européen ainsi qu’à de nombreux autres marchés étrangers.

Les prix des services américains en lignes vont désormais nécessairement devoir augmenter.

Jusqu’à les rendre moins compétitives face à des offres locales qui étaient pour l’instant écrasées par leur puissance de réseau et leur marketing ?

On verra bien.

Avec la trésorerie accumulée depuis des années, ils ont de marge.

Peut être aussi que, face à des Etats-Unis qui ne sont plus un allié économique, leurs partenaires commerciaux seront désormais beaucoup moins coulants vis-à-vis des atteintes aux données personnelles, à la concurrence ou aux règles des marchés publics – à cet égard, on ne peut que regretter le manque de vision de l’école polytechnique ou du ministère de l’éducation nationale qui viennent tout deux d’annoncer d’importants contrats avec Microsoft.

Sur le plan théorique, Donald Trump explique avec naïveté que les déséquilibres commerciaux devraient s’analyser comme le compte de résultat de la société Etats-Unis Inc., et non comme l’aboutissement de chaînes d’approvisionnement hautement spécialisées, croisées, interdépendantes.

Visiblement, en 2025, bien qu’entouré par des conseillers comme Elon Musk, Jeff Bezos ou Mark Zuckerberg, il semble considèrer que c’est le travail en usine qui serait encore la source du développement économique.

Adieu donc les décennies d’innovation, d’augmentation de la productivité et de libre-échange qui avaient cours depuis la fin de la seconde guerre mondiale ?

Avec le risque de remettre en cause le statut des Etats-Unis en tant que « prédateur » principal au sommet de la chaîne alimentaire de la valeur industrielle, le leader mondial des services et de l’innovation.

Comme si cette position était naturelle, venue du ciel, et qu’elle ne reposait pas justement sur un système élaboré au fur et à mesure du temps.

Quant à la justification des pourcentages de droits de douane imposés par Donald Trump, nombreux sont ceux qui essayent d’en trouver la justification.

Mais peu importe en réalité.

Les prélèvements proposés et faussement présentés comme « réciproques » ne relèvent que d’un calcul approximatif parce qu’il s’agit d’une décision politique et non d’une décision économique.

Malgré le discours, il ne s’agit nullement d’égaliser les barrières tarifaires et non tarifaires auxquelles seraient confrontés les exportateurs américains.

Il s’agit d’un rejet idéologique de tous les accords commerciaux signés par les États-Unis, ainsi que d’une tentative probablement vouée à l’échec de réimporter les investissements manufacturiers étrangers.

D’une grande renégociation en fait.

Et très pragmatique aussi. Qu’importent les annonces, on change les dates et les délais. Qu’importe la logique économique, on exempte les secteurs qui risqueraient de poser problème. Etc.

Sauf que les conséquences sont lourdes.

Dans la tech par exemple, la fenêtre des entrées en bourse est sans doute fermée pour les 3 à 6 mois qui viennent et les levées de fonds vont être extrêmement ralenties.

Quant à l’Union européenne, qui était une sorte de jardin dorée pour la tech américaine, on commence désormais à parler de reconstruire une stack souveraine qui irait bien au-delà du cloud.

Alors, tous ces risques pour quel profit au final ?

Parce que, vu de l’extérieur, on se demande quand même ce que les Etats-Unis pourraient bien obtenir de plus.

    Les Etats-Unis oublient que leur pouvoir est d’abord un pouvoir délégué

    En 1989, Michael Walzer affirmait que les Etats-Unis ne sont pas une « patrie », qu’ils ne sont unis ni par l’ethnicitén ni par la religion, et qu’ils n’ont pas de destin national singulier – que le manifest destiny n’existe pas.

    La seule légitimité des Etats-Unis en tant que nation, c’est d’être uni par sa Constitution, son histoire, sa religion civile autour de celle-ci, son engagement en faveur de la démocratie et, last but not least, sa géographie où l’est et l’ouest font pression sur tout ce qui trouve entre les deux.

    Et, si Noam Chomsky a toujours critiqué la projection utilitariste d’un prétendu rêve américain sur le reste du monde, beaucoup de baby boomers ont grandi en voyant l’Amérique comme la forteresse du monde libre contre le nazisme, le fascisme, le communisme et les différentes incarnations du totalitarisme.

    Mais cette puissance qui a fait des Etats-Unis le primum inter partes des nations occidentales, n’est qu’une puissance déléguée, et ce au titre de la légitimité morale des institutions américaines.

    D’où l’expression faisant des Etats-Unis « le gendarme du monde« .

    D’ailleurs, à l’image de la France ou du Royaume-Uni, seuls les pays qui contestent au moins partiellement cette primauté, pour des raisons historiques ou philosophiques, restent dotés d’une armée, d’une diplomatie, de services publics en propre, d’une industrie culturelle, etc.

    Autrement dit, d’une souveraineté.

    Quant aux autres, ils ont choisi de déléguer ces pouvoirs au grand frère américain, avec des choix divers quant au mix qui aurait leur préférence. Avec ou sans armée. Avec ou sans culture. Avec ou sans industrie. Etc. Chacun en fonction de ses préférences et de ses capacités.

    Naturellement cette situation est immensément favorable aux Etats-Unis qui en retirent un pouvoir énorme et des retombées financières considérables – qu’il s’agisse de vendre des F35, des sous-marins ou du numérique, difficile de refuser trop de choses à celui qui est devenu le garant de votre sécurité.

    Mais c’est un deal.

    `Ne pas avoir à s’inquiéter de disposer d’une armée régulière, voir son accès aux marchés internationaux protégé, bénéficier d’un état de droit partagé, ce sont aussi des avantages considérables.

    Qu’il s’agisse du plan Marshall ou de la constitution de l’Union Européenne, il s’agissait d’actes assistance mutuelle où toutes les parties avaient toujours quelque chose à gagner.

    Mais que la légitimité morale des Etats-Unis disparaisse, et ils ne représenteront plus que « la politique de la puissance et du triomphe de la richesse » – pour citer encore une fois Michael Walzer.

    En reprenant à la virgule près, la vision du conflit ukrainien propagée par le Kremlin, y compris de ses origines, Donald Trump scandalise. En tendant une embuscade au président ukrainien dans le bureau ovale, il brutalise.

    Et, au fur et fur à mesure, la rupture qui se dessine est d’autant plus profonde qu’elle est morale.

    Mais dès lors, quelle légitimité pourraient avoir les Etats-Unis pour continuer à exercer leur imperium ? `

    Comme tout pouvoir républicain, ce pouvoir ne peut être que délégué, et ce n’est que pour les besoins de la propagande que Virgile assignait un « empire sans fin » à Énée sous les auspices de Jupiter et pour la gloire de Mars.

    Mais si cette délégation ne fait plus sens, toute la propagande du monde n’y pourra rien et chacun commencera à reprendre sa souveraineté.

    C’est vrai tout autant pour les européens que pour les japonais, les coréens, les australiens et l’ensemble des autres nations occidentales qui assurent la primauté de la richesse des Etats-Unis, par l’ouverture de leurs marchés et leur allégeance diplomatique, technologique et militaire.

    Mais quelle importance si les nouveaux technoligarques américains ont eu le temps de se servir au passage ?

    D’où l’importance de réagir au plus vite, et de réaffirmer l’importance du caractère délégué du pouvoir américain, même militaire, même écrasant.

    Le président ne répartit pas les rôles entre lui-même et le premier ministre

    En indiquant que le président organiserait peu ou prou son éloignement du pouvoir au profit du premier ministre pour se repositionner, je trouve que cet article du journal Le Monde est particulièrement trompeur.

    En effet, le président n’a aucune liberté d’initiative à ce sujet.

    Pour le dire clairement, la pratique des conseillers partagés entre l’élysée et matignon était tout à fait anticonstitutionnelle.

    Saisi à ce sujet par l’association de défense des libertés constitutionnelles (adelico) au début du premier mandat, le conseil d’état avait – comme souvent, botté en touche.

    L’adelico n’avait pas insisté mais il était clair que cette situation anormale ne pouvait fonctionner que dans la mesure où il existait une proximité très étroite entre le président et le premier ministre.

    Sauf que cette pratique était essentielle en ce que :

    1. elle permettait au président de bénéficier d’un cabinet pléthorique,
    2. elle privait de facto le premier ministre d’un cabinet et de conseillers en propre,
    3. elle permettait au président d’intervenir directement en RIM pour dicter sa volonté au premier ministre comme aux ministres concernés.

    Autant dire que c’était n’importe quoi au regard de la séparation des pouvoirs et du prétendu rôle d’arbitre des institutions du président.

    Mais qu’aujourd’hui c’est fini.

    Dès lors, sans même avoir besoin de rappeler que c’est le premier ministre qui gouverne, le président n’a même plus les moyens matériels d’intervenir sur l’action de matignon.

    Il ne s’agit nullement d’une décision ou d’une stratégie d’Emmanuel Macron.

    Il s’agit de l’application des règles de la constitution.

    Tout au plus le président pourra-t-il :

    1. exercer le ministère de la parole en critiquant les choix du gouvernement,
    2. intervenir par l’intermédiaire du groupe parlementaire dirigé par Gabriel Attal – pour autant que les relations entre les deux hommes le permettent,
    3. exercer bien sur ses pouvoirs propres, notamment de nomination, qui sont réels, mais tout de même tellement limités par rapport à l’hyperprésidence à laquelle nous sommes maintenant habitués.

    Loin d’un président stratège – le même président stratège qui s’est débrouillé pour se saborder tout seul, nous avons donc désormais affaire à un président coincé.

    A lui les crysanthèmes – et encore, au premier ministre la politique du pays.

    Tous les récits et les spin doctors du monde n’y pourront rien changer, c’est la logique institutionnelle.

    De ce fait, je regrette qu’un journal aussi sérieux que Le Monde se laisse aller à répercuter des récits de compol aussi grossiers alors que la crise actuelle des institutions imposerait surtout de la pédagogie.

    Pour un régime de cohabitation de coalition

    Au regard de la situation politique actuelle, le toujours très actif think tank Terra Nova m’a demandé une petite analyse à publier dans leur revue, La Grande Conversation.

    J’ai essayé d’être le moins partisan possible, et surtout de réfléchir à la manière dont va jouer la logique institutionnelle de la cinquième République, forçant tout le monde à faire des compromis, même si ce n’est pas la volonté première.

    A mon sens, rien à faire. Quelles que soient les déclarations des uns et des autres, il faudra en passer par là. Et c’est sans doute une bonne chose.

    Tout est ici : https://www.lagrandeconversation.com/politique/pour-un-regime-de-cohabitation-de-coalition/

    Et en pdf ici :

    Vive les audiobooks !

    Pour un gros lecteur, il était peut-être difficile d’accepter de lire différemment.

    Cela faisait pourtant longtemps que j’étais passé au livre électronique, d’abord par l’intermédiaire de simples pdfs à lire sur son ordinateur – à une époque, j’avais même aidé la bibliothèque des classiques des sciences sociales à s’efforcer de numériser et mettre en ligne les pdfs des auteurs du domaine public.

    J’étais ensuite passé aux liseuses – amazon, kobo ou sony, puis également à la lecture sur téléphone portable – notamment avec l’application de feedbooks.

    Mais je n’avais jamais fait le saut vers l’audiobook.

    Or, j’ai profité de 2022 pour me remettre à la course à pied, en écoutant d’abord de la musique, puis des podcats, et finalement…

    … cela faisait longtemps que j’avais envie de lire 1Q84 de Haruki Murakami que m’avais conseillé une amie.

    Mais avec presque 1200 pages à lire, c’est un texte impressionnant, et pour lequel il faut malgré tout pouvoir dégager du temps.

    Cela m’a convaincu de tester « pour voir » comme on pourrait presque dire.

    Quelle agréable surprise.

    Certes c’est plus lent, certes c’est un peu différent, mais in fine cela ne pose aucun problème, aucune difficulté.

    A l’usage, je comprends aujourd’hui que les audiobooks peuvent toucher autant les insomniaques, le propriétaires de chiens, les sportifs, les routiers ou ceux qui font de longs trajets en voiture, bref tous ceux qui cherchent à se distraire intelligement.

    Cela rejoint bien sur le retour croissant des médias destinés à l’écoute tels que les podcasts – le media qui affiche la plus forte croissante aujourd’hui, ou les horribles notes audios que les gens laisssent sur Whastapp ou ailleurs – alors qu’on pouvait espérer en avoir enfin fini avec les messageries vocales.

    Hormis le fait que c’est plus lent – mais qu’on peut faire autre chose en même temps, je n’ai trouvé aucune différence entre le livre et l’audiobook.

    D’ailleurs, une étude de Beth Rogowsky, professeure à l’Université de Philadelphie, proposait aux étudiants de lire un livre de non-fiction ou d’en écouter la version audio.

    Bilan : aucune différence significative ni en termes de quantité, ni en termes de qualité.

    Après tout, on ne peut que se réjouir d’avoir désormais encore plus de moyens de pouvoir lire.

    Après 1Q84, j’en ai profité pour lire Connemara de Nicolas Matthieu, Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar et finalement Leonard de Vinci de Walter Isaacson.

    A chaque fois, le plaisir était là.

    Et j’ai pu profiter du temps gagné pour lire encore autre chose, de façon plus traditionnelle cette fois-ci.

    Donc pour tous ceux qui ne s’y sont pas encore mis, à votre tour.

    Sur l’hystérie de la vaccination obligatoire des soignants – et de la population générale

    Depuis plusieurs jours voire parfois plusieurs semaines, on entend de plus en plus de personnes s’exprimer en faveur de la vaccination obligatoire – des soignants pour commencer, mais aussi de la population en général.

    En parallèle, on improvise un véritable festival aux sanctions et aux interdictions diverses : interdiction des sorties et des voyages, mais aussi interdiction d’exercer sa profession, amendes, etc.

    Avant toute chose, il est important de rappeler que la vaccination progresse déjà en France et qu’elle devrait atteindre les 60% de la population d’ici fin juillet, et probablement les 80% d’ici fin septembre.

    Ces prévisions sont tout à fait réalistes.

    En effet, selon Covid Tracker, à la date du 5 juillet 2021, 50.69% des Français ont reçu au moins une dose de vaccin, 34.05% ont reçu toutes les doses requises. Pour vacciner l’ensemble de la population adulte (52 millions de personnes) d’ici à août 2021, il faudrait injecter 581 893 doses chaque jour. Au rythme actuel tel que calculé sur les quinze derniers jours, l’objectif de vacciner 100% de la population adulte serait atteint le 2 novembre 2021.

    A ce compte, il convient d’ajouter que la vaccination est particulièrement suivie chez les personnes à risque – déjà plus de 80% de vaccination chez les personnes de plus de 65 ans.

    Du coup, pourquoi rendre le vaccin obligatoire ?

    Pour accélérer ?

    Parce qu’on pense vraiment qu’il est possible d’aller plus vite que 100% début novembre ?

    Autrement dit, on peine à comprendre les inquiétudes, et surtout l’aggressivité et la dureté caractéristiques des propos défendus par les tenants de la vaccination obligatoire.

    D’où le sentiment qu’il ne s’agit non pas d’une démarche motivée par une information et des recherches à caractère scientifique, mais bien plutôt d’une forme de phénomène de foule – une forme de relâchement collectif visant à désigner des boucs émissaires pour pouvoir un peu se décharger sur eux.

    Car on imagine sans peine les scènes qui risquent de se dérouler en cas de mise en oeuvre d’une obligation vaccinale.

    Ce seront des résistances, des personnes en larmes, des personnes forcées à se faire vacciner, des mesures d’éloignement, des privations ressenties comme autant d’injustices, etc. Autant de violences qui se révéleront à la fois physiques et morales.

    Quelles que soient les raisons qui poussent les récalcitrants à refuser de se faire vacciner, la situation sera inacceptable.

    C’est d’ailleurs toute l’ambiguité de l’exemple de la vaccination obligatoire des soignants, laquelle est typique de ce droit français mou sans être flexible – ces normes juridiques où l’on se contente de poser des principes sans pour autant s’assurer de leur effectivité.

    Jusqu’au jour où l’on se rend compte que ces principes n’auraient peut-être jamais dû être posés en premier lieu.

    Les obligations vaccinales pour les professionnels sont notamment régies aux articles L3111-1 et suivants du Code de la santé publique.

    Pour revenir un peu en arrière, la vaccination en France a un peu plus de deux siècles et l’obligation vaccinale n’existe que depuis 1902. Afin d’éviter un rejet de la population face à une démarche qui reste médicale, et donc porteuse de risques, l’approche française a toujours été prudente.

    Seuls 11 vaccins sont aujourd’hui obligatoires pour les enfants, et 3 vaccins pour certaines catégories de professionnels – la grippe et la fièvre typhoide ayant été suspendus.

    Il existe bien sur également certains vaccins obligatoires avant des déplacements à l’étranger.

    Saisi en 2019 pour rejeter l’obligation des 11 vaccins, le Conseil d’État a déjà estimé que le vaccin :

    « ne méconnaît pas le droit à l’intégrité physique et au respect de la vie privée, compte tenu de la gravité des maladies, de l’efficacité de ces vaccins et de la nécessité de les rendre obligatoires pour atteindre une couverture vaccinale satisfaisante pour l’ensemble de la population ».

    Conseil d’Etat, 6 mai 2019, 419242

    Autrement dit, les vaccins présentent un rapport entre bénéfices et risques favorable.

    Sauf qu’on parle là de vaccins obligatoires uniquement pour les enfants.

    Et qu’il s’agit de vaccins déjà bien connus, testés et éprouvés.

    Quant au Conseil constitutionnel, saisi par exemple en 2015, il avait botté en touche en estimant :

    « il n’appartient pas au Conseil constitutionnel, qui ne dispose pas d’un pouvoir général d’appréciation et de décision de même nature que celui du Parlement, de remettre en cause, au regard de l’état des connaissances scientifiques, les dispositions prises par le législateur ni de rechercher si l’objectif de protection de la santé que s’est assigné le législateur aurait pu être atteint par d’autres voies, dès lors que les modalités retenues par la loi ne sont pas manifestement inappropriées à l’objectif visé »

    Conseil constitutionnel, 20 Mars 2015 – n° 2015-458 QPC

    Là encore, il s’agissait de vaccins pour les enfants.

    Juridiquement, il est tout à fait possible d’augmenter le nombre de vaccins obligatoires pour les professionnels, voire d’étendre l’obligation à l’ensemble de la population.

    L’article L3131-1 du Code de la Santé publique, modifié par une loi du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire, prévoit déjà que :

    « en cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d’urgence, notamment en cas de menace d’épidémie, le ministre chargé de la Santé peut, par arrêté motivé, dans l’intérêt de la santé publique et aux seules fins de prévenir et de limiter les conséquences de cette menace sur la santé de la population, prescrire toute mesure réglementaire ou individuelle relative à l’organisation et au fonctionnement du système de santé ».

    L’extension des obligations vaccinales pour les professionnels et la population pourrait donc être prévue.

    Reste à voir si elle serait cette fois-ci jugée conforme au respect du droit à l’intégrité physique et au droit à la vie privée – sans parler de la liberté de conscience qui n’a pour l’instant jamais été mis en avant.

    On peut en douter fortement.

    Il faudrait ensuite imaginer des sanctions.

    En effet, celles qui existent sont à la fois limitées et visiblement destinées à des situations plutôt exceptionnelles.

    Les sanctions pénales ont été exclues.

    Grosso modo, on peut aujourd’hui seulement licencier les personnels refusant de se faire vacciner.

    Mais d’une part, ca ne touchera pas les médecins ou les professionels de santé libéraux.

    D’autre part, ca ne touchera pas non plus le reste de la population.

    Et là que faire ?

    Comme je le disais plus haut, chacun laisse libre cours à son imagination – interdictions, punitions, etc., en faisant comme si de telles sanctions allaient pouvoir être applicables en pratique.

    Les sanctions sont pourtant assez rares.

    Il est assez évident que les obligations aujourd’hui présentes sont d’abord des textes de principe, même s’ils peuvent justifier d’éventuels licenciements quand la situation devient suffisamment difficile.

    En pratique, l’obligation vaccinale est un fantasme.

    En 2014, une étude recensée par la Haute Autorité de Santé indiquait que non seulement, seule 56,5 % de la population serait favorable à l’obligation vaccinale, mais encore que plus le niveau d’études est élevé, moins les personnes seraient favorables à l’obligation – chez les médecins on tombe même à 42% seulement.

    Et pour cause, toute obligation vaccinale induirait des difficultés tenant :

    • Au rejet des vaccins que peut susciter l’obligation dès lors qu’ils sont présentés comme en opposition à des libertés publiques ;
    • Aux effets indésirables qui ne sont pas anodins et qui peuvent s’accompagner d’erreurs variées quant à leur administration ;
    • Aux conséquences sur l’emploi – puisque la sanction principale est le licenciement, notamment en période de tension – est-t-il vraiment opportun de refuser des médecins en période de pandémie parce qu’ils ne seraient pas vaccinés ?

    Fin 2020 la Haute Autorité de Santé a déjà écarté l’obligation vaccinale pour trois raisons :

    • il faut un certain temps pour connaître les risques des vaccins ;
    • il faut disposer de suffisamment de vaccins et de l’infrastructure pour les administrer ;
    • l’obligation ne peut intervenir que si la persuasion ne suffit pas.

    On ne voit pas ce qui aurait changé.

    Dans son nouvel avis de juin 2021 qui donne à tort l’impression de faire marche arrière, elle recommande de commencer à se préparer à la vaccination obligatoire des soignants, mais elle subordonne toujours cette mesure à une intense campagne d’information préalable.

    Celle-ci devant nécessairement durer plusieurs semaines et les seuils de vaccination ayant de bonnes chances d’avoir été atteint d’ici là.

    Autant dire que c’est une façon d’écarter la vaccination obligatoire des soignants sans le dire.

    La Haute Autorité de Santé n’aborde même pas la question de la vaccination obligatoire de la population générale.

    Et pour cause, il faut répeter qu’il y aurait d’infinies difficultés à la faire respecter si ce n’est par la violence et par des privations supplémentaires.

    Le tout alors que rien ne permet d’affirmer que cela accélérerait la mise en place de la couverture nationale qui semble aujourd’hui se faire naturellement.

    Et sans bien sur qu’on ne prenne en compte les différents effets négatifs des vaccins.

    A vrai dire, on en vient à rejoindre ceux qui comme Seb Musset dénoncent cette éditorialiation politique des vaccinés contre les non-vaccinés, et quelque soit l’angle sous lequel on aborde le problème, on en revient à la question de la violence publique, du primat artificiel de la politique et du besoin permanent de culpabiliser autant que possible certaines catégories de la population.

    Mais ca n’en fait pas un remède en matière de santé publique.

    A cet égard, il est particulièrement pervers de pointer du doigt les soignants, lesquels se sont particulièrement sacrifiés depuis le début de la pandémie, et ce alors qu’ils sont déjà largement plus vaccinés que le reste de la population et qu’ils sont extrêmement respectueux des gestes de protection.

    A vrai dire, un peu comme pour le vote électronique, on a le sentiment que c’est une fausse solution à un faux problème.

    Sauf si bien sur l’objectif est de réussir à finir par monter la population contre ses soignants.

    edit : sur le même sujet dans Libé, ou les soignants rétifs aux vaccins annoncent justement qu’ils préfèreront quitter leur poste et dénoncent une violence à leur égard

    Sur la culpabilisation des abstentionnistes – et la violence de l’élection présidentielle à venir

    Avec plus de 66% d’abstention, ces élections 2022 n’auront réussi à attirer qu’un seul électeur sur quatre, établissant ainsi un triste record.

    Face à ce qui représente un échec violent pour l’ensemble de la classe politique française, réactions relèvent pourtant des variations autour du déni, utilisant pour cela le sarcasme, la culpabilisation voire le mépris.

    D’une part, cela tient nécessairement à la très mauvaise préparation qui semble avoir accompagnée ce scrutin (pas d’envoi des profession de foi, pas de bulletins, etc.).

    Dans un thread très suivi, Guillaume Champeau s’est par exemple exprimé publiquement en indiquant que c’est ce qui l’avait convaincu de s’abstenir de voter.

    Ce niveau d’abstention aussi nécessairement à ce que les français ne comprennent rien à cet échelon techno-administratif de la décentralisation que représentent aujourd’hui les régions et les départements. Pour tout dire, ils le comprennent désormais encore moins qu’ils ne comprennent l’Union Européenne puisque les précédents records d’abstention hors période de covid étaient ceux des élections européennes de 2009 et 2014.

    Mais il est bien évident que le problème tient à la faiblesse de la proposition politique qui est faite aux électeurs, lesquels ne se sentent visiblement plus représenté.

    Il ne faut pas oublier que le vote n’est pas une obligation et que, selon l’article 3 de la Constitution :

    « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

    Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice.

    Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret.

    Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques. »

    Mais, comme le rappelait « un odieux connard« , voter ne prend que 5 minutes.

    Il ne s’agit donc pas d’une flemme ou d’un manque de volonté.

    Il s’agit d’une situation de rejet. 

    Et le premier responsable ne peut en être que le pouvoir en place, c’est-à-dire le gouvernement actuel dirigé par Emmanuel Macron et Jean Castex.

    A mon sens, le message est clair.

    Les français restent une population très attachée à la politique.

    Mais 80% d’entre eux veulent éviter de revivre la dernière élection présidentielle.

    LREM et le RN sont d’ailleurs les deux perdants de ce scrutin.

    LREM se retrouve avec plusieurs listes qui ne passent même pas le premier tour malgré un soutien acharné du gouvernement et des parlementaires.

    Et le RN se révèle finalement incapable de gagner ne serait-ce qu’une seule des deux régions où on le présentait pourtant comme grand favori.

    La volonté de changement est palpable.

    Du coup, à quoi bon aller voter aux régionales, pour des rôles qui n’auront de toute façon aucun impact sur l’exécutif ?

    Ce que souhaitent les électeurs, c’est entamer la campagne présidentielle.

    Depuis le début, cette élection régionale n’est vécue que comme un prélude à la présidentielle – quasiment comme une primaire, et ce à gauche comme à droite.

    Mais là aussi, les électeurs ne l’ont pas accepté, refusant de perdre du temps à essayer de comprendre les jeux d’appareils supposés faire émerger tel ou tel candidat à la présidentielle.

    C’est d’ailleurs à cette occasion que l’on mesure à quel point il est dommage que le mandat de l’exécutif soit nécessairement fixe et ne puisse pas être remis en question au fur et à mesure des élections intermédiaires.

    Le message n’est donc pas si compliqué à comprendre pour la classe politique dominante et son cercle de commentateurs.

    Depuis le 21 avril 2002, ils aimeraient mettre fin à ce qu’ils ressentent comme un système générant de nouvelles féodalités, de l’arbitraire et des inégalités.

    Il y aurait bien des solutions. Mais encore faut il vouloir écouter ce qui est dit sans se réfugier dans des réactions de classe qui ne n’auront d’autre effet que de renforcer encore les réactions et les résistances.

    Inutile de rajouter que la conséquence principale de cette abstention record, c’est que la campagne présidentielle qui commence sera sans doute d’une grande imprévisibilité et d’une grande violence.