Le président ne répartit pas les rôles entre lui-même et le premier ministre

En indiquant que le président organiserait peu ou prou son éloignement du pouvoir au profit du premier ministre pour se repositionner, je trouve que cet article du journal Le Monde est particulièrement trompeur.

En effet, le président n’a aucune liberté d’initiative à ce sujet.

Pour le dire clairement, la pratique des conseillers partagés entre l’élysée et matignon était tout à fait anticonstitutionnelle.

Saisi à ce sujet par l’association de défense des libertés constitutionnelles (adelico) au début du premier mandat, le conseil d’état avait – comme souvent, botté en touche.

L’adelico n’avait pas insisté mais il était clair que cette situation anormale ne pouvait fonctionner que dans la mesure où il existait une proximité très étroite entre le président et le premier ministre.

Sauf que cette pratique était essentielle en ce que :

  1. elle permettait au président de bénéficier d’un cabinet pléthorique,
  2. elle privait de facto le premier ministre d’un cabinet et de conseillers en propre,
  3. elle permettait au président d’intervenir directement en RIM pour dicter sa volonté au premier ministre comme aux ministres concernés.

Autant dire que c’était n’importe quoi au regard de la séparation des pouvoirs et du prétendu rôle d’arbitre des institutions du président.

Mais qu’aujourd’hui c’est fini.

Dès lors, sans même avoir besoin de rappeler que c’est le premier ministre qui gouverne, le président n’a même plus les moyens matériels d’intervenir sur l’action de matignon.

Il ne s’agit nullement d’une décision ou d’une stratégie d’Emmanuel Macron.

Il s’agit de l’application des règles de la constitution.

Tout au plus le président pourra-t-il :

  1. exercer le ministère de la parole en critiquant les choix du gouvernement,
  2. intervenir par l’intermédiaire du groupe parlementaire dirigé par Gabriel Attal – pour autant que les relations entre les deux hommes le permettent,
  3. exercer bien sur ses pouvoirs propres, notamment de nomination, qui sont réels, mais tout de même tellement limités par rapport à l’hyperprésidence à laquelle nous sommes maintenant habitués.

Loin d’un président stratège – le même président stratège qui s’est débrouillé pour se saborder tout seul, nous avons donc désormais affaire à un président coincé.

A lui les crysanthèmes – et encore, au premier ministre la politique du pays.

Tous les récits et les spin doctors du monde n’y pourront rien changer, c’est la logique institutionnelle.

De ce fait, je regrette qu’un journal aussi sérieux que Le Monde se laisse aller à répercuter des récits de compol aussi grossiers alors que la crise actuelle des institutions imposerait surtout de la pédagogie.

Pour un régime de cohabitation de coalition

Au regard de la situation politique actuelle, le toujours très actif think tank Terra Nova m’a demandé une petite analyse à publier dans leur revue, La Grande Conversation.

J’ai essayé d’être le moins partisan possible, et surtout de réfléchir à la manière dont va jouer la logique institutionnelle de la cinquième République, forçant tout le monde à faire des compromis, même si ce n’est pas la volonté première.

A mon sens, rien à faire. Quelles que soient les déclarations des uns et des autres, il faudra en passer par là. Et c’est sans doute une bonne chose.

Tout est ici : https://www.lagrandeconversation.com/politique/pour-un-regime-de-cohabitation-de-coalition/

Et en pdf ici :