Malheureusement la une de Libé ne fait que dévoiler la vérité du rapport de force pour la prochaine présidentielle

L’article et la une de Libération sonnent d’autant plus comme un électrochoc qu’ils sont le fruit d’un travail de recueil de témoignages qui paraît solide et convaincant.

Mais ce n’est probablement pas une question d’équilibre entre l’aile gauche et l’aile droite du gouvernement.

Le problème est bien plus profond.

La France fait depuis longtemps l’objet d’une division mettant aux prises ceux qui détiennent la légitimité sans pour autant disposer du pouvoir, et ceux qui détiennent le pouvoir sans pour autant disposer de la légitimité.

La légitimité populaire reste ainsi toujours enracinée – même si elle peine souvent à se concrétiser, et et ce que soient les politiques qui bénéficient du processus électoral.

En face, le pouvoir peut se montrer aussi autoritaire qu’il le souhaite, il n’a d’autre légitimité que celle d’incarner l’effectivité du pouvoir. Et même si c’est déjà beaucoup, ce n’est jamais suffisant.

Contrairement aux pays anglo-saxons où cette brisure s’exprime institutionnellement par le mécanisme des « checks and balances », la séparation des pouvoirs à la française s’inscrit dans ce cadre et se traduit par la circulation cyclique du politique au niveau national.

Depuis quatre ans, le gouvernement conteste et nie cette dynamique. Il s’efforce de profiter du statut et des postes qui sont garantis par son succès électoral pour se revendiquer comme le seul détenteur d’une légimité qui n’est pourtant qu’un simple emprunt.

Or, c’est oublier que deux factions s’opposent à ce sujet – toutes deux issues des antagonismes de la Révolution Française.

D’un côté, les tenants d’une République des principes estiment qu’il va de soi que les idées justes ont vocation à l’emporter, peu importe dans quelles conditions.

De l’autre côté, les critiques des dérives autoritaires du pouvoir n’entendent en retenir que les errements dont ils n’hésiteront pas à censurer les auteurs, quelles qu’en soient les conséquences.

Mais pour le gouvernement, ces deux facettes de l’opinion française n’ont pas lieu d’être.

Toute contradiction, toute opposition, tout obstacle se trouvent forcément rejetés du côté de la faute morale et politique, voire à n’en pas manquer bientôt, du complotisme.

Le problème est que l’enquête de Libération ne laisse que peu de doute. Si la République des valeurs a eu tendance à l’emporter à l’époque de l’élection de Jacques Chirac, ou lors de celle d’Emmanuel Macron, ce n’est visiblement plus le cas aujourd’hui.

Ce n’est hélas que logique dans la mesure où la République des valeurs repose nécessairement sur la vertu au moins affichée de ses représentants, lesquels n’ont pas donné depuis quatre ans l’image de responsabilité qui était attendue d’eux.

Le problème n’est donc pas celui d’un calcul politicien pour affiner le réglage entre la gauche et la droite au sein du pouvoir.

Il est celui de l’importance de la morale et des valeurs au sein de la République française .

C’est en réalité là que le bat blesse.

C’est d’ailleurs ce qui ressort largement des centaines de témoignages recueillis par Libé, mais aussi des réactions qu’on peut lire sur les réseaux sociaux.

Et sur ce point, aucune porte de sortie ne semble se dessiner. La seule réponse du gouvernement semble être celle de la culpabilisation plutôt que celle de la remise en question et du retour aux valeurs. On peut raisonnablement craindre que loin de pouvoir servir de bouclier, le Président ne se devoile aujourd’hui comme le plus mauvais candidat pour espérer remporter le duel annoncé.

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